Spinoza : substance et pensée de Yitzhak Y. Melamed
Traduit par Dan Arbib
Un regain d’intérêt pour l’auteur de l’Éthique existe depuis peu. C’est dans ce nouveau contexte que les travaux de Yitzhak Melamed essaient de nous apporter des éclaircissements sur les points cruciaux du spinozisme, construction complexe qui nécessite d’être patiemment commentée.
Yitzhak Melamed, professeur à l’université Johns-Hopkins de Baltimore, est un spécialiste réputé de Spinoza. Son Spinoza : substance et pensée, publié en 2013, est désormais traduit en français. C’est un ouvrage important dans la mesure où il fait le point sur les derniers débats concernant le philosophe. Des débats qui ne nous parviennent pas toujours dans leur intégralité, mais qui montrent comment l’œuvre de Spinoza continue de susciter les réflexions contemporaines. Un regain d’intérêt pour l’auteur de l’Éthique existe depuis peu. C’est dans ce nouveau contexte que les travaux de Yitzhak Melamed essaient de nous apporter des éclaircissements sur les points cruciaux du spinozisme, construction complexe qui nécessite d’être patiemment commentée.
D’emblée, Melamed fait une remarque générale : « J’ai la conviction que l’histoire de la philosophie nous offre des occasions très fécondes et rares de remettre en cause (plutôt que de confirmer) nos croyances et intuitions les plus élémentaires… » Et c’est à travers, en l’occurrence, Spinoza et son Éthique que Melamed entreprend ce travail très pointu, au cours duquel il est amené à privilégier certains concepts, comme celui d’attribut dont il indique qu’il trouve sa place « au cœur même de la métaphysique de Spinoza ». Dans son livre, Melamed revient à plusieurs reprises sur cette question centrale, dont la mise en perspective varie continuellement, tant la pensée de Spinoza conserve un caractère malléable, en fonction de sa progression vers telle ou telle solution.
Yitzhak Melamed a organisé son ouvrage en deux parties. La première comprend des chapitres consacrés d’abord à la métaphysique de la « substance », puis à la métaphysique de la « pensée ». Quant à sa seconde partie, Melamed la présente ainsi : « Je discuterai et critiquerai l’interprétation du spinozisme comme un acosmisme – interprétation qui doit être imputée aux idéalistes allemands selon lesquels Spinoza aurait ressuscité le monisme radical des Éléates et n’aurait attribué aucune réalité véritable aux modes. » Rappelons que l’acosmisme, terme hégélien, consiste à faire rentrer le monde en Dieu plutôt qu’à le nier. C’est d’ailleurs l’occasion pour Yitzhak Melamed d’évoquer le panthéisme de Spinoza, dans une discussion serrée avec le philosophe Edwin Curley (dont l’ouvrage majeur sur Spinoza attend toujours d’être traduit). Là aussi, cependant, la réponse évolue et il apparaît difficile de se faire une idée définitive.
Yitzhak Melamed ne cache pourtant pas l’ambition de son projet, qui serait la suivante : « aboutir à une révision majeure de notre compréhension de la métaphysique de Spinoza ». Melamed aborde donc la pensée de Spinoza de manière frontale. C’est en ce sens une entreprise de grand mérite et très savante, destinée à être prise en considération par ses confrères ainsi que par tous ceux qui désirent mieux comprendre l’originalité de Spinoza. Yitzhak Melamed dresse un inventaire très complet des thèmes familiers à l’auteur de l’Éthique : son panthéisme trop évident, le célèbre conatus, ou bien encore le « rapport substance-mode », mais aussi les « modes de Dieu » et les « modes d’un attribut », ou encore « la cause immanente », etc. Tout ceci est brillamment introduit et explicité, dans un langage universitaire d’une grande efficacité qui propose un regard d’expert sur Spinoza, notre contemporain.