La Survie des juifs en France de Jacques Semelin


Comment expliquer le fait que, sur 300 000 juifs recensés en France en 1940, 220 000 ont pu échapper à la mort dans les chambres à gaz ? C’est l’énigme que Jacques Semelin tente de résoudre dans cette vaste étude. Elle illustre ce qu’on peut appeler la résistance civile d’un peuple. Les témoignages et les parcours de ces juifs de France et d’Europe nous replongent au cœur des techniques de survie sous le régime de Vichy, de la fuite en zone libre grâce à un réseau ferré alors très dense, aux ruses pour se cacher, aux gens qui ouvrent leur porte, à la vie ordinaire qui se fond dans la masse. À la Libération, plus de 30 000 juifs demeuraient encore à Paris. Le plus novateur dans la démonstration est qu’en définitive, l’opinion française a pesé lourd, après 1942 et la déportation des enfants, sur Pétain et Laval confrontés aux injonctions de ­l’occupant nazi. Vichy est alors submergé de courriers de protestations venus de l’ensemble d’un pays où, par des milliers d’actions anonymes, on résiste à l’ignoble. Du côté de l’Église catholique, on était certes globalement favorable au régime, mais on oublie l’écho important de l’appel d’un monseigneur Saliège et d’autres religieux. À l’inverse de Robert Paxton, dont le mérite fut de produire, dans les années 1970, la première étude sur Vichy, mais qui considérait la France de 1940 comme antisémite, et contre un Éric Zemmour qui affirme que Vichy a permis de sauver des juifs, Semelin montre clairement que c’est la société française qui a empêché Pétain de s’enfoncer davantage dans le concours à la «  solution finale  ». Mais les Français ont certes moins sauvé des juifs qu’ils n’ont aidé à survivre des gens dont la seule faute était d’être nés.

 

 

Préface de Serge Klarsfeld , CNRS, 2018
376 p. 25 €