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Notes de lecture

Dans le même numéro

Ukraine-Russie. La carte mentale du duel de Michel Foucher

décembre 2022

Le texte de Michel Foucher démontre combien cette guerre était sans doute inévitable entre une nation née sur le tard, calquée sur le modèle européen de l’État-nation, et un État qui agit comme un empire colonial “d’outre-terre” depuis l’annexion de la Crimée en 2014.

Nul ne sait quelle sera l’issue de la guerre entre l’Ukraine et la Russie et chaque jour apporte de nouveaux développements. Michel Foucher, géographe et diplomate, resitue ce conflit dans une histoire multiséculaire où, dès le ixe siècle, s’est constitué un isthme reliant la mer Baltique à la mer Noire, autour duquel les conflits impliquant la Pologne, la Lituanie, la Turquie et la Russie ne cessèrent de se multiplier. L’espace ukrainien et les littoraux de la mer Noire furent ainsi l’objet d’une dizaine de guerres russo-ottomanes, sans compter le conflit avec la Pologne, qui trouva son apogée avec les velléités de Lénine et l’invasion nazie de 1941. On doit à Catherine II une politique de colonisation agricole de l’Ukraine, cette « Nouvelle Russie », terme repris par l’actuel pouvoir du Kremlin. Aussi, après la chute du mur de Berlin et l’avènement de l’indépendance de l’Ukraine, Michel Foucher pointe-t-il du doigt une forme d’aveuglement de l’Europe, quand Václav Havel soulignait que « l’Ukraine semble indiquer qu’elle incline vers le monde euro-atlantique. Je n’ai pas l’impression que les Occidentaux aient réalisé la portée de “la révolution orange” ». Le début de l’éveil national ukrainien date du milieu du xixe siècle. Il s’est révélé incontournable lors des manifestations de Maïdan à partir de 2013, pour trouver son apogée avec l’élection de Zelensky, qui l’a emporté avec plus de 73 % des voix, même dans les oblasts revendiqués comme faisant partie de la Russie, hormis celui de Donetsk. Le texte de Michel Foucher démontre combien cette guerre était sans doute inévitable entre une nation née sur le tard, calquée sur le modèle européen de l’État-nation, et un État qui agit comme un empire colonial « d’outre-terre » depuis l’annexion de la Crimée en 2014. Ne pas prendre ce fait en compte mène à toutes les compromissions avec une Russie qui, sous l’emprise du pouvoir autocratique de Poutine, prolonge l’expérience soviétique, selon laquelle la stabilité du système est mieux assurée en temps de guerre. Les récents événements, dus à la pagaille de la mobilisation partielle de la population, laissent entrevoir que, peut-être, l’idéologie des armes est à bout de course en Russie. Les cinquante pages de Michel Foucher éclairent la vision de ce qui se joue.

Gallimard, coll. « Tracts », 2022
64 p. 3,90 €

Jacques-Yves Bellay

Essayiste et romancier, il a récemment publié Ne dis pas tout à la mémoire (Yellow Concept, 2020), livre pour lequel il a obtenu le Grand Prix du roman des écrivains de Bretagne.

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Des exilés plongés dans des limbes, contraints de risquer leur vie, une absence de solidarité entre les États, la multiplication des camps, le rétablissement des contrôles aux frontières : autant d’échecs du système européen de l’asile. Face à cette crise, le dossier coordonné par Pierre Auriel refuse à la fois la déploration et le cynisme. Il suggère de composer avec la peur des migrations pour une politique plus respectueuse des droits des exilés. À lire aussi dans ce numéro : l’obligation d’insertion, Michon marxiste ?, ce que Latour fait à la philosophie, la fin des libertés en Russie, et l’actualité de Georges Perec.