Le défi de la paix d’Anne-Cécile Robert


Anne-Cécile Robert se livre à une analyse du multilatéralisme en se plongeant dans sa genèse, ses succès et ses échecs depuis la fondation de des Nations unies en 1945. En dehors de leur action humanitaire, de leur contribution au développement ou leur rôle d’enceinte de de discussion ou négociations, comme pour les conférences sur le climat, la mission de l’organisation internationale est de maintenir la paix et de stabiliser l’ordre mondial, même s’il semble passer au second rang.

L’étude approfondie du rôle, des fonctions, des moyens des organisations internationales à laquelle l’autrice se livre avec concision est la bienvenue. Elle analyse tour à tour la dérégulation de l’usage de la force, l’utilisation excessive du droit d’ingérence et le « deux poids, deux mesures », avant de s’interroger sur l’avenir de l’Organisation des Nations unies. À ses yeux, trois scénarios sont possibles : effondrement (à l’instar de la Société des Nations) ; pourrissement, qui réduirait l’ONU à la fonction de pompier d’un ordre fantomatique (aide alimentaire, secours aux réfugiés de guerre, assistance aux populations pénalisées par le réchauffement climatique, lutte contre les grandes pandémies, etc.) ; adaptation et renouveau autour des principes d’efficacité et de représentativité.

Pour l’autrice, qui appelle ce renouveau de ses vœux, la première mesure consisterait à élargir le Conseil de sécurité, un chemin long et difficile. Sa proposition d’encadrer le droit de veto paraît concevable à plus court terme. Obliger les États y recourant de motiver publiquement leur décision, susceptible d’être discutée à l’Assemblée générale apparaît intéressant, même si le Conseil de sécurité agit souvent dans l’urgence. Plus faisable peut-être est l’idée de contraindre un pays utilisant son droit de veto d’obtenir l’approbation d’au moins trois membres non permanents.

Les textes fondateurs de 1945 fêteront bientôt leur 80e anniversaire. Aucun ordre international n’aura duré aussi longtemps. Même si l’ordre mondial dit libéral ou fondé sur les règles est contesté, il demeure la base sur laquelle lui adjoindre de nouveaux édifices. Ne faut-il pas préférer la sagesse de la sève à la force de l’ouragan ?

Remodeler les organisations internationales, Armand Colin, 2024
288 p. 20 €