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Notes de lecture

Dans le même numéro

Le concile Vatican I. Le pape est-il infaillible ? de John O’Malley

La construction de l’Église ultramontaine (1869-1870) Trad. par Gilles Firmin

novembre 2020

Dans ce livre riche et érudit, John O'Malley retrace l'un des moments clés de l'histoire de l'Eglise catholique.

Proclamée au concile Vatican I en 1870, l’« infaillibilité pontificale » fait assurément partie des vérités catholiques les plus incompréhensibles pour les modernes férus de raison. Le jésuite américain John O’Malley, excellent historien autant que remarquable théologien, aborde ce sujet, et aussi l’ultramontanisme, ce mot-clé de l’histoire politico-religieuse du xixe siècle, dans un livre consacré au concile Vatican I (1869-1870). Le premier chapitre revient sur le catholicisme au siècle des Lumières, un prélude indispensable car les événements du xviiie siècle (notamment la Révolution française et ses conséquences) donneront lieu, au siècle suivant, à de multiples controverses tant de la part de l’État laïque que du sommet de l’Église catholique. Au point que, comme O’Malley l’explique avec humour, en 1869, l’histoire du concile était déjà écrite, et sa conclusion prévue, avant qu’il ne soit convoqué. L’infaillibilité pontificale avait été discutée avec tant de passion que, pour les historiens du xxe siècle, elle finirait nécessairement par être proclamée. C’est pourquoi deux chapitres seulement sur cinq sont consacrés à la réunion elle-même. Le sous-titre du livre, La naissance de l’Église ultramontaine, indique du reste que Vatican I s’inscrit dans une histoire dont il est le couronnement, mais non la fin. Les amateurs d’histoire de l’Église goûteront le génie des portraits d’O’Malley. Relevons notamment celui de Pie IX (Mastai Ferreri), pape de 1848 à 1876, non préparé à affronter le monde moderne et formant avec son secrétaire d’État (Giacomo Antonelli) une curieuse association : autant Pie IX était émotif, sociable, avenant et pieux, autant Antonelli était froid, intéressé, rationnel et capable de double jeu. La galerie des portraits d’évêques partisans et adversaires de l’infaillibilité vaut aussi le détour. Parmi les partisans de l’infaillibilité, on ne résistera pas au plaisir d’évoquer ceux de l’Anglais Henry Edward Manning, le seul converti présent, et d’Ignaz von Senestrey, évêque jésuite de Paderborn ; parmi les opposants, l’évêque d’Orléans, Félix Dupanloup, occupe une place de choix. À cause de la déclaration de guerre de 1870, nombre d’évêques avaient quitté Rome au moment du vote de l’infaillibilité, ce qui a toujours jeté un doute sur sa validité. Débattu avant d’avoir commencé, Vatican I a donc fini précipitamment, et c’est seulement en 1959 que le pape Jean XXIII y a mis le point final, en annonçant la tenue de Vatican II. Le paradoxe sera que ce dernier, qui semblait juste destiné à « toiletter » un peu l’existant, sera un tournant majeur, pour ne pas dire millénaire, de l’Église catholique. Le lecteur, quant à lui, ne peut que regretter, hélas, les très nombreuses fautes, de toutes sortes, qui émaillent cet excellent livre.

Lessius, 2019
260 p. 29 €

Jean-Marie Glé

Jésuite et théologien, il contribue à la revue Esprit depuis 2000.

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Jeunesses antiracistes

La récente vague de manifestations contre le racisme et les violences policières a montré qu’une partie de la jeunesse française a le sentiment d’étouffer. En choisissant de prêter attention à ce qu’elle exprime, on distingue d’abord une demande d’égalité et de justice : loin de constituer un défi aux principes républicains, celle-ci entend plutôt en actualiser l’héritage. À lire aussi dans ce numéro : l’unité européenne après la réunification allemande, le chemin du djihad, les cinq piliers de la laïcité, les pouvoirs de la Cour suprême et la rentrée littéraire.