Notes de lecture

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L’unique réponse

Le dernier recueil de Jean-Marc Sourdillon poursuit l’itinéraire poétique engagé par l’auteur depuis 2008, avec Les Tourterelles. Intitulé L’Unique réponse, l’ouvrage se situe pourtant loin de toute forme de dogmatisme, et investit la thématique de la naissance, conçue comme l’acte de vivre porté à sa plus haute intensité.

L’unique réponse : le titre du dernier recueil de Jean-Marc Sourdillon aurait de quoi intriguer, voire alarmer le lecteur : laisse-t-il présager une profession de foi ou une sagesse qui nous donneraient la formule d’une vérité définitive ? La poésie (qui s’est parfois haussée jusqu’à un rôle prophétique) peut-elle avoir aujourd’hui la prétention d’apporter une telle « réponse » ? Mais ouvrons le recueil ; nous y trouvons par exemple ceci :

« ce gong de la naissance en nous, qui appelle et dérange,

j’aimerais tant connaître les mots qui l’annoncent ou le réfractent,

la musique sous-jacente qui nous porte et nous lance. »

La réponse serait donc quelque chose à entendre, certes, mais non sous la forme d’un discours ; quelque chose d’antérieur aux mots et que ceux-ci « annoncent » ou « réfractent ». María Zambrano, citée en exergue, éclaire encore mieux le sens du titre, que l’auteur lui a sans doute emprunté : « Il cherche une écoute ; il voudrait entendre et qu’on l’entende sans s’en rendre compte, indistinctement. Et que son appel se perde dans l’immensité de l’unique réponse. » Nous voici loin de tout dogmatisme. D’ailleurs, le premier poème nous parle d’un milan apparu « sous le plafond gris des nuages », le deuxième d’une équipée estivale entre amis (Comme des frères), tel autre des mains de la femme aimé

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Gallimard, 2020
108 p. 14 €

Jean-Pierre Lemaire

Professeur de lettres en classes préparatoires jusqu'en 2014, Jean-Pierre Lemaire est poète. Il est lauréat du Grand prix de poésie de l'Académie française pour l’ensemble de son œuvre en 1999.

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On oppose souvent science et croyance, comme si ces deux régimes de discours n’avaient rien de commun. Pourtant, l’expérience nous apprend que c’est généralement quand l’un des deux fait défaut que l’autre subit une crise. Dans le contexte pandémique actuel, l’incapacité des experts et des gouvernants à rendre compte dans l’espace public des conditions selon lesquelles s’élaborent les vérités scientifiques, aussi bien qu’à reconnaître la part de ce que nous ne savions pas, a fini par rendre suspecte toute parole d’autorité et par faciliter la circulation et l’adhésion aux théories les plus fumeuses. Comment s’articulent aujourd’hui les registres de la science et de la croyance ? C’est à cette question que s’attache le présent dossier, coordonné par le philosophe Camille Riquier, avec les contributions de Jean-Claude Eslin, Michaël Fœssel, Bernard Perret, Jean-Louis Schlegel, Isabelle Stengers. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Irak, les monopoles numériques, les enseignants et la laïcité, et l’écocritique.