André Philip et le Mouvement socialiste pour les États-Unis d’Europe (1947-1951) de Wilfried Loth
L’ouvrage de Wilfried Loth couvre une brève période de l’action politique d’André Philip, mais cruciale pour l’Europe, puisqu’il s’agit de l’immédiat après-guerre, les années 1947-1951 encadrant le Congrès de La Haye (mai 1948), qui fut celui des occasions perdues pour une Fédération européenne. Pendant cette période, divers courants de gauche se sont mobilisés en faveur d’une Europe qui fût à la fois unie et socialiste. Le « Comité international pour les États-Unis socialistes d’Europe », créé à Montrouge en juin 1947, laissa la place en juin de l’année suivante au « Mouvement pour les États-Unis socialistes d’Europe » (congrès de Puteaux). Sa ligne directrice était le refus de s’unir avec les organisations fédéralistes dites bourgeoises. Cependant, au mois de novembre 1948 furent actées à la fois la décision d’adhérer au Mouvement européen et celle d’adopter un nouveau nom, « Mouvement socialiste pour les États-Unis d’Europe » (MSEUE), ce qui marquait un changement des priorités, le fédéralisme l’emportait sur le socialisme, le réformisme sur le marxisme. André Philip, qui venait d’être ministre de l’Économie et des Finances dans plusieurs gouvernements de la IVe République, était parfaitement à l’aise par rapport au nouveau programme du MSEUE, dont il prit la présidence en septembre 1949, après avoir été élu la même année délégué général du comité exécutif du Mouvement Européen. La bataille, à ce moment-là, se déroulait principalement au sein de l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe, autour de deux questions : le Royaume-Uni et les objectifs des fédéralistes. Le Royaume-Uni refusait toute perspective d’intégration supranationale ; quant aux objectifs, il s’agissait de savoir si l’on devait s’en tenir à la construction d’un fédération sur le modèle des États-Unis ou si l’on pouvait également se mobiliser en vue de résultats moins ambitieux. Sur le premier point, Philip s’est battu pour promouvoir un « pacte fédéral » excluant les Britanniques ; sur le second, il se rangea par réalisme à la méthode « fonctionnelle » de Jean Monet et s’employa en particulier, comme député à l’Assemblée nationale française, à faire adopter le traité de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA).
Après une introduction par Wilfried Loth, l’ouvrage rassemble des documents émanant souvent du MSEUE, parfois signés par André Philip, qui sont autant de pièces pour servir à l’histoire de la construction européenne.