Notes de lecture

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Un garçon américain

juin 2021

Le poète américain Ocean Vuong signe chez Gallimard son premier roman, Un bref instant de splendeur, dans lequel il explore les affres de la quête identitaire, dans une Amérique aux prises avec ses propres idéaux. Face à une réalité décevante, la poésie apparaît comme un moyen de trouver, sinon une solution, du moins une tentative d’explication.

L’identité est une fiction comme une autre. Voilà ce que le lecteur comprend après avoir refermé Un bref instant de splendeur, premier roman du poète américain Ocean Vuong. Traduit avec élégance par Marguerite Capelle, le livre est pensé comme une longue adresse à celle qui ne la lira jamais, la mère. L’écrivain nous entretient de ce qu’est une vie à l’ombre des pavillons tabassés par la misère et l’ennui. Il nous dit qu’il faut y avoir vécu pour comprendre la raison d’être de l’écriture. La banlieue ordinaire de Hartford, dans laquelle prend place l’essentiel du récit, est un âge de la vie. On y croise des jeunes hommes épuisés de désir, comme Little Dog – surnom que donne à l’auteur sa grand-mère – ou Trevor, jeune homme à la dérive de la white working class. Les deux jeunes hommes se heurtent à l’impossibilité d’une identité solide. Parfois, seule la littérature est capable de saisir ce que cette injonction à appartenir à une histoire unique provoque de violence et de domination. Tout ne fait que trembler, sans cesse. Pour Ocean Vuong, le rôle du poète, ce qui le justifie, est de retranscrire cet effondrement, de mettre ce

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Gallimard, 2021
304 p. 22 €

Sabri Megueddem

Sabri Megueddem est étudiant en master à Sciences Po Paris. Il se destine à l'écriture ainsi qu'aux relations internationales. Il écrit sur les formes littéraires, musicales ou filmiques du contemporain. Ses textes sont notamment publiés dans Libération ou La Règle du Jeu.

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Les enquêtes de santé publique font état d’une épidémie de fatigue dans le contexte de la crise sanitaire. La santé mentale constitue-t-elle une « troisième vague » ou bien est-elle une nouvelle donne sociale ? L’hypothèse suivie dans ce dossier, coordonné par Jonathan Chalier et Alain Ehrenberg, est que la santé mentale est notre attitude collective à l’égard de la contingence, dans des sociétés où l’autonomie est devenue la condition commune. L’épidémie ne provoque pas tant notre fatigue qu’elle l’accentue. Cette dernière vient en retour révéler la société dans laquelle nous vivons – et celle dans laquelle nous souhaiterions vivre. À lire aussi dans ce numéro : archives et politique du secret, la laïcité vue de Londres, l’impossible décentralisation, Michel Leiris ou la bifurcation et Marc Ferro, un historien libre.