Les cinq leviers de la ville relationnelle de Sonia Lavadinho et Yves Winkin Illustrations de Lisa Subileau

Sonia Lavadinho et Yves Winkin nous présentent avec enthousiasme, et sur un ton souvent juvénile, « la ville relationnelle » telle qu’on peut la rêver.


La ville relationnelle a besoin « de nouvelles espèces d’espaces pour accueillir de nouveaux écosystèmes d’usages ». La ville relationnelle entend donc investir, « de façon apaisée », l’espace public urbain existant en y composant « des trames relationnelles capables d’accueillir nos espaces de sociabilité pour mieux vivre ensemble ». L’accueil, facteur d’urbanité, se retrouve au cœur du développement des espaces publics grâce à une liste d’indicateurs précis, établie par les auteurs, vérifiant ainsi le bon usage de chacun des « cinq leviers  » présentés. À la fois manifeste, boîte à outils et incubateur de ville désirable, le livre organise ses cinq grands chapitres suivant un même parcours : « un croquis synoptique », « une microfiction », « une idée-phare » expliquée, puis « trois gestes forts » accompagnant « un graphique radar », mais surtout un descriptif opérationnel détaillé qu’un dessin en coupe, intitulé « Que nous dit le sol ? », vient valider. Enfin, un exemple de réalisation, servant à la fois d’inspiration et de modèle, nous fait découvrir des projets menés à Lyon, Nantes, Copenhague, Bâle et Melbourne. Ainsi, méthodiquement, la ville relationnelle investit l’espace public.

Mais de quels leviers est-il question ? De « ruisseaux de fraîcheur », ou comment transformer des artères importantes pour la circulation urbaine, et particulièrement celles qui relient plusieurs quartiers de la ville, en deux, trois, voire cinq kilomètres de végétation « appropriée au contexte, résiliente et porteuse d’ombrage et de fraîcheur ». Autre levier : « la seconde peau des parcs », ou comment relier, mettre en réseau, l’ensemble des parcs urbains, en en faisant « déborder les frontières et en les rendant plus perméables et accessibles » depuis les espaces proches. « La bande ludique » constitue également un levier déterminant pour renforcer les relations intergénérationnelles ; un déroulé qui « a pour vocation de pousser à même la rue, chemin faisant », tout au long des trajets quotidiens. Mais il est aussi question de « carrefours vivants », ou comment transformer les carrefours en zones urbaines apaisées où la circulation automobile se règle au tempo d’une « nouvelle centralité de proximité ». Enfin, toujours dans cet esprit de faire évoluer « de façon amicale » cette cohabitation urbaine avec l’automobile, « le parking prévenant » comme cinquième levier, ou comment, sur ces lieux de stockage, « accueillir les nouveaux usages qui pourront potentiellement y pousser ».

Mais « la ville relationnelle » est aussi une réflexion sur le corps et le bien-être en milieu urbain dense. La ville fonctionnelle, définie par des plans raisonnés de déplacements dans l’espace et privilégiant toujours l’efficacité et la rapidité des circulations en tous genres, tout en gardant une préférence pour les déplacements automobiles, a au fil de son développement réduit l’étendue des mouvements physiques de notre corps. En déployant sur l’espace public de nouveaux usages, le corps découvre la possibilité de mouvements variés, jusque-là bridés, désappris ou réprimés. Les « nuanciers de postures » de Lisa Subileau, dessinés sur pleine page ou en double page, donnent un aperçu de ce que pourrait être la diversité des mouvements dans la ville relationnelle : une véritable chorégraphie urbaine réglée sur un tempo échappant à celui imposé par la ville fonctionnelle.

De la même façon, dans l’exposé de ces cinq leviers, Sonia Lavadinho et Yves Winkin reviennent régulièrement sur la présence de l’eau et de son accès facilité. On est bien loin des miroirs d’eau, accompagnés d’éclairages stratégiques, pour mettre en valeur tel ou tel bâtiment la nuit venue, même si la question de la vie nocturne de ces espaces partagés, et donc de leur éclairage, vient en rappel à chaque chapitre. Car ce ne sont pas les lieux emblématiques d’une ville qui structurent « la ville relationnelle », mais plutôt ces longues artères automobiles qui font une entaille de plusieurs kilomètres dans les grandes villes, ces espaces résiduels nichés ici et là, ne pouvant offrir une valeur fonctionnelle définie, ces carrefours, également points de convergence entre des espaces urbains différents, ces lisières, ces bordures de quartiers ou, plus simplement encore, ces axes empruntés pour les trajets quotidiens vers l’école, le supermarché, la bibliothèque, la piscine, etc.

Sonia Lavadinho et Yves Winkin nous présentent avec enthousiasme, et sur un ton souvent juvénile, « la ville relationnelle » telle qu’on peut la rêver. Pas étonnant alors qu’une fois la lecture terminée, et la ville relationnelle parcourue en images, surgisse le besoin d’essayer, « d’expérimenter la ville relationnelle  » et devenir, à sa façon, ce que les auteurs appellent « un faiseur de ville ».

Apogée, 2025, 204 p., 20 €, 2025
204 p. 20 €