Stefan Zweig (1881–1942) 1931 © Trude Fleischmann
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Stefan Zweig et l'Europe

À quelques semaines des prochaines élections au Parlement européen, nous poursuivons la publication d’une série d’articles consacrés à « l’idée d’Europe »[1]. Il s’agit dans ces différents textes de retracer la genèse et le développement de l’Europe comme forme politique, et d’interroger les figures, les concepts et les débats qui permettent aujourd’hui de penser son avenir. Dans cette deuxième livraison, Guy Samama revient sur ce que Stefan Zweig entendait par « Europe de la culture, des arts et des sciences ».

« Le nationalisme, c’est la guerre », déclarait François Mitterrand. Un Président de la République française aujourd’hui énonce un propos analogue lorsqu’il dénonce une fascination pour le repli, la violence et la domination qui conduisent l’Europe au bord du suicide, et déclare que le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme qui en est la trahison.

Bien avant eux, Stefan Zweig ne s’exprimait pas autrement. Mais autant il avait une idée juste – à la fois pertinente et conforme à l’idéal de justice – de ce que devait être l’Europe, autant il restait pusillanime face à sa réalisation. Tel est l’essentiel de notre propos.

Une idée juste de l’Europe : une Europe apolitique, cosmopolite, supranationale, purifiée de toute haine et de toute défiance ; une Europe de la culture, des arts et des sciences. Une Europe conçue comme le principe opposé à la gangrène du nationalisme et comme une modalité contemporaine du cosmopolitisme.

Zweig avait peut-être inconsciemment peur que cette idée prît consistance en s’accomplissant, par défiance de principe envers l’inévitable dimension politique de la construction europ

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Guy Samama

Professeur agrégé de philosophie, directeur de la rédaction de la revue Approches.