Le Castor Astral et la poésie-monde
La maison d'édition Le Castor Astral, fondée en 1975 par Jean-Yves Reuzeau et Marc Torralba à Bordeaux, fait vivre une poésie-monde, hybride, dans un catalogue où se cotoient un prix Nobel de littérature, des auteurs confirmés et de jeunes talents.
En 1974, Jean-Yves Reuzeau et Marc Torralba, étudiants en Carrières du livre, se rendent au Québec, et y découvrent une incroyable prolifération poétique. Enthousiasmés, les deux amis reviennent en France forts d’un petit projet : fonder leur propre identité éditoriale, forte d’un nom aussi original que poétique. Dans l’avion, les deux hommes choisissent un mot chacun, et les associent : le Castor Astral est né. Dans les premières années de son existence, et au fil de son développement, la maison a placé l’artisanat au cœur de son éthique. « Les premiers mois, nous imprimions nous-mêmes les plaquettes la nuit », confie Jean-Yves Reuzeau, amusé.
Publication après publication, Le Castor Astral conquiert donc, dans les années quatre-vingt, sa légitimité. En 1979, l’Anthologie 80, une anthologie de poésie francophone résolument contemporaine ne présente que des textes inédits. Un projet fou pour l’époque. Ce livre de 560 pages réunissait 144 poètes et poétesses de tous bords. Saluée par toute la presse et même la télévision, cette somme considérable s’inscrit dans le projet qui motive l’existence de la maison : faire vivre la poésie.
À partir de ce premier coup d’éclat, la ligne éditoriale se diversifie. Tantôt, les éditeurs s’attachent à rendre plus visible des œuvres romanesques parfois minorées, comme celle d’Emmanuel Bove, ou novatrices, comme avec les premiers livres d’Hervé Le Tellier. Tantôt, les voilà qui traduisent, à la surprise générale, les œuvres de Tomas Tranströmer, poète suédois. Le même Tranströmer qui obtiendra quelques années plus tard le Prix Nobel de littérature…
Précurseurs, portés par un véritable sens du texte et de la poéticité, Jean-Yves Reuzeau et son équipe ont depuis lors permis à des talents tout à fait divers d’apparaître sur la scène littéraire. Citons par exemple Cécile Coulon, romancière et poétesse dont le premier recueil Les Ronces, s’est vendu à plus de 30 000 exemplaires (!), remportant le prix Apollinaire, ou encore Rim Battal, Mélanie Leblanc, Zéno Bianu, Abdellaif Laâbi, Thomas Vinau et tant d’autres ! En outre, la maison compte désormais dans sa collection de nombreuses anthologies de poésie étrangère, qui transportent les lecteurs dans des univers méconnus.
Ce qui fonde donc à notre sens l’unicité du Castor Astral, c’est la volonté d’une poésie-monde, d’une poésie hybride, qui infuse dans tous les genres de productions, de la musique à la peinture, du roman au petit récit. Une volonté qui s’exerce au quotidien, avec passion et plaisir, et une vraie confiance placée dans la jeunesse.