Henri Michaux, Le Clown (1939)
Flux d'actualités

Du clown au Joker

novembre 2019

Le clown puéril devient Joker sanguinaire.

Dans son poème « Clown », Henri Michaux décrit les atermoiements d’une identité qui rêve de renoncer à sa singularité :

Un jour.

Un jour, bientôt peut-être.

Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.

Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien,

Je lâcherai tout ce qui me paraissait être indissolublement proche.

Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler[1].

Dans une ville minée par la pauvreté et au bord de l’implosion, Arthur Fleck, le personnage principal de Joker (Todd Phillips, 2019), traverse ses jours avec l’espoir de devenir humoriste. Celui que sa mère surnomme Happy rêve d’être un passeur de sourires au cœur d’une Amérique du spectacle, d’être celui qui, sous le feu des projecteurs, illuminera le quotidien maussade des habitants de Gotham. Pour l’heure, il n’est qu’un clown parmi d’autres, ignoré, raillé, voire lynché, par les passants empressés.

Habitant seul avec sa mère dont il s’occupe avec soin, tourmenté par la solitude et

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