Avenirs. Suivi de Le Peintre au coquelicot de Jean-Pierre Siméon
C’est sur un difficile constat que s’ouvre Avenirs, le dernier recueil de Jean-Pierre Siméon : « Nous avons compris que la terre, l’humanité qui l’habite et le monde qu’elle a créé ont le destin de chacun d’entre nous : ils sont voués à la disparition. » Face à notre finitude, point de pessimisme : le poète appelle au contraire son lecteur au « courage de l’impossible », à « cette sorte de courage dont la poésie est l’essai et l’éloge ».
Tout au long d’un recueil à l’écriture ciselée et sensible, l’auteur de Politique de la beauté (Cheyne, 2017) et de Levez-vous du tombeau (Gallimard, 2019) dessine les contours d’une vie retrouvée, requalifiée et authentique. Parce qu’elle ignore les « impératifs économiques » et les « décrets ministériels », et qu’elle oblige à s’éloigner un temps du bruit et de la fureur, la poésie est décrite comme un acte éminemment politique, porteuse d’une pensée à fleur de terre, quasi écologique. Il s’agit bien pour l’auteur d’habiter le monde autrement et d’opposer au progrès technique le progrès de l’âme.
En dépit d’un regard lucide et parfois amer posé sur le monde comme il va, Jean-Pierre Siméon ne saurait renoncer aux valeurs d’un humanisme poétique qui l’ont toujours accompagné : « L’homme est désespérant, c’est pourquoi certains d’entre nous continuent d’espérer envers et contre l’homme. » D’aphorisme en poème, il invite ainsi à « bâtir un monde nouveau / par le rire et la révolte / Qui sont les deux pieds de la sagesse » et à inventer « un enthousiasme calme comme un matin très clair sur la mer étale ».
Recueil-manifeste, Avenirs est un véritable plaidoyer pour la poésie, ce « chant de renouement » en « connivence avec l’infini », mais aussi pour une vie poétique, où surgissent et s’inventent des « beautés au pied léger ». Plus enthousiaste que désespéré, Jean-Pierre Siméon jette dans ses poèmes les fondements d’un avenir reconquis, marqué au coin de la joie (« Que notre rire éclate comme une orange qu’on égorge ») et de la légèreté d’être au monde : « Nous serons un nuage qui n’a pour destin / Que sa forme imprévue ».