Lisa Reihana | In Pursuit of Venus [Infected] | DR
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De l’universalité de la critique

janv./févr. 2020

La question de l'appropriation culturelle montre que la réception sociale d'une oeuvre contribue à fabriquer l'oeuvre, mais la réponse au partage des voix ne doit passer par le renoncement au droit de parler.

Un certain nombre d’événements culturels des derniers mois ont porté à notre attention la difficulté des artistes et des regardeurs à se positionner moralement et esthétiquement face à une généralisation des emprunts exogènes et des raccourcis historiques dans le monde des arts plastiques et des arts du spectacle. Que l’on pense à ­l’indignation soulevée par l’absence de comédiens autochtones dans la pièce de Robert Lepage, Kanata, programmée au Théâtre du Soleil par Ariane Mnouchkine à l’automne 2018[1], ou à celle face au grimage en noir des acteurs blancs des Suppliantes, mis en scène par Philippe Brunet pour le théâtre de la Sorbonne au printemps 2019. Des manifestants antiracistes avaient empêché la tenue de la pièce le 25 mars, mais la représentation eut finalement lieu le 22 mai, sur invitation, en présence des ministres de la Culture et de l’Enseignement supérieur, Franck Riester et Frédérique Vidal, qui s’étaient préalablement engagés à ce que la représentation puisse être reprogrammée au nom de «la liberté d’expression et de création dans l’espace

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Anne Lafont

Directrice d’études à l’Ehess, elle vient de publier L’Art et la race (Les presses du réel, 2019).

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L'universel est à nouveau en débat : attaqué par les uns parce qu'il ne serait que le masque d'une prétention hégémonique de l'Occident, il est défendu avec la dernière intransigeance par les autres, au risque d'ignorer la pluralité des histoires et des expériences. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Anne Lafont, fait le pari que les transformations de l'universel pourront fonder un consensus durable : elles témoignent en effet de l'émergence de nouvelles voix, notamment dans la création artistique et les mondes noirs, qui ne renoncent ni au particulier ni à l'universel. À lire aussi dans ce numéro : la citoyenneté européenne, les capacités d'agir à l'ère numérique, ainsi que les tourmentes laïques, religieuses, écologiques et politiques.