Illustration de Jean-Baptiste Oudry, Fable XV : La mort et le malheureux, Jean de La Fontaine.
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Les moralistes classiques au chevet de la sensibilité contemporaine

juil./août 2021

Le renouveau d’une littérature responsable actualise l’héritage des moralistes classiques, notamment leur attention au théâtre social, aux jeux de pouvoir, aux questions posées par la séduction ou la mort. Mais c’est avant tout sur l’inventivité formelle que repose la possibilité d’un nouveau réalisme.

Le vers se sent toujours des bassesses du cœur.

(Nicolas Boileau, Art poétique)

 

Mobiliser « le legs colossal1 » des moralistes classiques pour scruter l’opacité dans laquelle se débat une sensibilité contemporaine en pleine mutation peut s’avérer moins intempestif qu’il y paraît. D’abord parce que la littérature anachronise l’histoire, se moque des frontières chronologiques, voyage librement dans le temps ; à moins que l’on veuille entretenir artificiellement des discontinuités, pour se donner le plaisir commode ensuite de les théoriser. Et nous commençons à nous lasser de ce pathos de la rupture. Surtout, les temps ont bien changé depuis les années de la théorie littéraire. Il y a belle lurette que la question du texte n’échauffe plus les esprits « au point que, bientôt, si l’on n’y prend pas garde, il faudra rappeler que la littérature parle aussi de la littérature2 »… Les

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Cécilia Suzzoni

Professeure honoraire de chaire supérieure au Lycée Henri IV, Cécilia Suzzoni est la fondatrice et présidente d'honneur de l'Association le latin dans les littératures européennes (ALLE). Elle a notamment dirigé, avec Hubert Aupettit, l'ouvrage Sans le latin (Fayard, 2012)

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Nos attentes à l’égard de la littérature ont changé. Autant qu’une expérience esthétique, nous y cherchons aujourd’hui des ressources pour comprendre le monde contemporain, voire le transformer. En témoigne l’importance prise par les enjeux d’écologie, de féminisme ou de dénonciation des inégalités dans la littérature de ce début du XXIe siècle, qui prend des formes renouvelées : le « roman à thèse » laisse volontiers place à une littérature de témoignage ou d’enquête. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Alexandre Gefen, explore cette réarticulation de la littérature avec les questions morales et politiques, qui interroge à la fois le statut de l’écrivain aujourd’hui, les frontières de la littérature, la manière dont nous en jugeons et ce que nous en attendons. Avec des textes de Felwine Sarr, Gisèle Sapiro, Jean-Claude Pinson, Alice Zeniter, François Bon.