Photo : Justin Main
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Internet n'est pas un espace public

Lors du forum économique de Davos de 1996, John Perry Barlow publiait sa « Déclaration d’indépendance du cyberespace » : « Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du Cyberespace, le nouveau domicile de l’esprit. […] Nous sommes en train de créer un monde où n’importe qui, n’importe où, peut exprimer ses croyances, aussi singulières soient-elles, sans peur d’être réduit au silence ou au conformisme1. » Le nouveau réseau mondial avait en effet tout pour plaire, puisqu’il semblait fournir enfin ce domaine critique dont rêvaient confusément les Lumières, cet espace public où seul compterait la force du meilleur argument, pour reprendre les termes de Jürgen Habermas.

Les événements politiques récents ont apporté un démenti cinglant à ces espoirs. Que ce soit le phénomène du Brexit ou l’élection de Donald Trump, à chaque fois, les réseaux sociaux ont joué un rôle crucial – et il s’avère que celui-ci fut aux antipodes du pluralisme auguré par John Perry Barlow. En effet, la désaffection des médias d’information traditionnels au bénéfice des réseaux sociaux a eu tendance à polariser à l’extrê

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Emmanuel Alloa

Philosophe et professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire d’esthétique et de philosophie de l’art. Il a publié récemment : Partages de la perspective (Fayard, 2020).

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Les crises que connaît l’Europe (dettes, accueil des migrants, nationalismes) pourraient fonctionner comme des cordes de rappel. Le dossier « Nous, l’Europe et les autres », coordonné par Anne-Lorraine Bujon, défend le projet européen, son identité composite et son approfondissement démocratique.