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Photo : Dom Fou via Unsplash
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L’université au pluriel

La massification de l’enseignement et l’érosion de la confiance placée dans les autorités traditionnelles après Mai 68 ont forcé les intellectuels à réfléchir sur l’Université. Il faut désormais concevoir la culture de façon plurielle, et faire de l’enseignement et de la recherche des pratiques ouvertes, décloisonnées et collectives.

Pourquoi les philosophes contemporains réfléchissent-ils au devenir de l’université, à ce monde du savoir de plus en plus institutionnalisé et mondialisé ? En 2001, Derrida publie un texte qui frappe tant il est décalé par rapport à la situation des universités, en France tout du moins : « l’université moderne devrait être sans condition. Par “université moderne”, entendons celle dont le modèle européen, après une histoire médiévale riche et complexe, est devenu prévalent, c’est-à-dire “classique”, depuis deux siècles, dans des États de type démocratique1 ». Bien sûr, l’emploi du conditionnel souligne combien cette université n’existe pas. Ce modèle déploie en tout cas un principe de liberté : liberté académique, liberté de questionnement et de proposition.

Ce que l’on sait généralement moins, c’est qu’au tournant des années 1970, avec en ligne de mire les événements de Mai 68, Michel de Certeau ouvre également la question du devenir des universités dans La Culture au pluriel et, par un biais assez inattendu, la possibilité d’une invention de la culture de masse à l’université en réponse à la massification en cours dans l’enseignement supérieur. L’événement que fut Mai 68, largement évoqué à chaud dans La Prise de parole, fait éclater de manière spectaculaire une culture savante, homogène et élitaire

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Fabienne Brugère

Professeure de philosophie à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis et membre de son Conseil d’administration,, elle est notamment l’auteure de L’Éthique du « care » (Puf, coll. « Que sais-je ? », 2017). 

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Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.