Copyright © 2019 Fred Turner
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Ne soyez pas malveillants. Utopies, frontières et brogrammers

Entretien avec Fred Turner

L’idéologie de la Silicon Valley trouve ses origines dans la contre-culture américaine des années 1960, voire le puritanisme : il s’agit toujours de repousser les frontières et de construire des communautés égalitaires, mais en remplaçant le Lsd et la Bible par des systèmes informatiques.

Il existe une idéologie très répandue dans la Silicon Valley, selon laquelle la technologie est toujours une force bienveillante : quelle en est l’origine ?

Pour trouver son origine, il faut remonter au communautarisme des années 1960. Il y avait en fait deux courants dans la contre-culture. L’un, la nouvelle gauche (New Left), faisait de la politique pour changer la politique, en étant fortement axée autour des institutions, sans vraiment se méfier de la hiérarchie. L’autre – et c’est dans ce courant que le monde de la technologie a trouvé son élan –, c’est ce que j’appelle les néo-communautaristes. Entre 1966 et 1973 a eu lieu la plus grande vague de développement de communautés qu’ait connue l’Amérique. Ces gens ­s’appliquaient à abandonner la politique et la bureaucratie pour se tourner vers un monde dans lequel ils pouvaient modifier leur conscience. Ils pensaient que les technologies de petite échelle seraient un bon moyen d’y arriver. Ils voulaient changer le monde en créant de nouveaux outils qui permettraient de transformer les consciences. C’est ce concept qui est à l’origine des déclarations faites par les entreprises telles que Google ou Facebook quand elles affirment qu’en reliant les individus entre eux

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Fred Turner

Professeur en sciences de la communication à l’université de Stanford, il a récemment publié Le Cercle démocratique (C&F, 2016).

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Loin d’être neutres, les entreprises technologiques de la Silicon Valley portent un véritable projet politique. Pour les auteurs de ce dossier, coordonné par Emmanuel Alloa et Jean-Baptiste Soufron, il consiste en une réinterprétation de l’idéal égalitaire, qui fait abstraction des singularités et produit de nouvelles formes d’exclusions. Ce projet favorise un capitalisme de la surveillance et son armée de travailleurs flexibles. À lire aussi dans ce numéro : perspectives, faux-semblants et idées reçues sur l’Europe, le génocide interminable des Tutsi du Rwanda et un entretien avec Joël Pommerat.