Spring Breakers - Copyright Muse Productions
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Les nouveaux enfants terribles

Dans les années 1960, le Nouvel Hollywood prend acte de la crise de transmission. Aujourd’hui, le cinéma s’attaque à la vacuité existentielle d’une jeunesse pourrie par le monde néo-libéral.

La parabole du fils prodigue fut longtemps un mythe structurant du passage de témoin initiatique entre les générations. Dans maints films des années 1950-1960, des frères ennemis se disputent la reconnaissance du père. Le « mauvais » fils, en rupture de ban, rejette un temps l’héritage familial, pourfend toute tradition, refuse avec perte et fracas un destin écrit d’avance, avant d’être réintégré dans la lignée (Le Plus Sauvage d’entre tous, 1963, Martin Ritt). Les dysfonctionnements familiaux y sont ritualisés et momentanés : après la révolte viennent la réconciliation et l’inclusion dans le clan. Cependant, dès 1955, La Fureur de vivre propose le parcours tourmenté d’un « rebelle sans cause[1] ». Nicholas Ray dépeint une jeunesse en perte de repères, aux parents autoritaires, démissionnaires ou absents, inaptes à canaliser les excès propres à cet âge de transition. Jim Stark (James Dean) aspire à « devenir un homme » face à un père en tablier, soumis et balbutiant, incapable de l’accompagner sur cette voie. Dans le modèle encore class

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Ghislain Benhessa

Avocat, il enseigne le droit public à l'université de Strasbourg. Il a récemment publié l'État de droit à l'épreuve du terrorisme (L'Archipel, 2017). 

Nathalie Bittinger

Agrégée de lettres modernes et maître de conférences en études cinématographiques à l'université de Strasbourg, elle a publié 2046 de Wong Kar-wai (Armand Colin, 2007) et a dirigé Cinémas d'Asie. Nouveaux regards (Presses universitaires de Strasbourg, 2016) ainsi que Dictionnaire des cinémas chinois. Chine, Hong Kong, Taiwan (Hémisphères/Maisonneuve et Larose, 2019). …

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Comment se fait aujourd’hui le lien entre différentes classes d’âge ? Ce dossier coordonné par Marcel Hénaff montre que si, dans les sociétés traditionnelles, celles-ci se constituent dans une reconnaissance réciproque, dans les sociétés modernes, elles sont principalement marquées par le marché, qui engage une dette sans fin. Pourtant, la solidarité sociale entre générations reste possible au plan de la justice, à condition d’assumer la responsabilité d’une politique du futur. À lire aussi dans ce numéro : le conflit syrien vu du Liban, la rencontre entre Camus et Malraux et les sports du néolibéralisme.