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Le travail comme valeur ou comme labeur ?

La valeur travail renvoie chez Nicolas Sarkozy à deux significations contradictoires. D’une part, elle fait chorus avec la valorisation de l’individu comme entrepreneur dont le souci de soi est une recherche incessante de l’accroissement de ses gains. D’autre part, le travail est décroché de toutes les formes de solidarité qui ont cherché à répondre aux effets négatifs de l’absence de travail ou du travail précaire.

L’un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy consistait en une « revalorisation » du travail. C’est ainsi que, dans Mon projet, il affirme : « Je veux réhabiliter le travail et, au-delà, le mérite, l’effort, le goût du risque. » En quoi le travail avait-il besoin d’être réhabilité ? Quelle est la conception du travail défendue à travers cette réhabilitation ? Il ne s’agissait pas pour lui de se pencher sur le travail au sens concret et en quelque sorte laborieux du terme, renvoyant par exemple aux conditions ou aux relations de travail. Le travail était entendu comme une « valeur ». C’est en opérant ce déplacement de sens que Nicolas Sarkozy a réussi à dérober à la gauche cette thématique essentielle.

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Guillaume Le Blanc

Philosophe (professeur à l'université de Bordeaux), il travaille sur notre rapport à la santé (Cangulhem et les normes, PUF, 1998), au soin, au corps (Courir. Méditations physiques, Paris, Flammarion, 2013), ce qui l'a conduit à s'interroger sur l'exclusion, l'invisibilité de certaines situations sociales, les situations de marginalité et d'étrangeté (Vies ordinaires, vie précaires (Seuil, 2007) ;…

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