Le Salut aux blessés ! | Tableau d'Edouard Detaille, 1874
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Anti-occidentalismes et déchirures européennes

Les guerres contre l'Europe menées par la Turquie d'Erdogan et la Russie de Poutine trouvent leurs origines intellectuelles dans la guerre franco-allemande de 1871, qui fragmente l'universel européen sur une base nationale.

Dans le sillage des études postcoloniales, nous avons pris ­l’habitude de poser la question de l’universel en termes dichotomiques, opposant un « Ouest » compact à un « reste » pluriel, regroupant le genre humain dans sa grande diversité. Le débat sur cette notion est cependant bien plus ancien et voit le jour d’abord en Europe, continent qui eut certes sa République des lettres, mais aussi ses déchirures internes. De nos jours encore, le rejet de l’universel assimilé à la domination occidentale ne constitue pas l’apanage du monde postcolonial. Selon Alexandre Bovdunov, ce sociologue de l’université de Moscou qui figure parmi les idéologues du poutinisme, la Russie et l’« Occident » constituent des civilisations non seulement ontologiquement distinctes, mais aussi mortellement ennemies : «La solution finale d’un conflit civilisationnel ne peut être que l’anéantissement de l’une des parties. […] Notre but est donc d’anéantir l’Occident sous sa forme civilisationnelle actuelle[1].» Les « intellectuels » erdoganistes martèlent de leur côté la nécessité de préparer la revanche de la Gra

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Hamit Bozarslan

Directeur d'études à l'Ehess, il est notamment l’auteur de l'Histoire de la Turquie de l'Empire à nos jours (Tallandier, 2015) et de Révolution et état de violence. Moyen-Orient 2011-2015 (Cnrs, 2015). Il est membre du Conseil de rédaction d'Esprit. 

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L'universel est à nouveau en débat : attaqué par les uns parce qu'il ne serait que le masque d'une prétention hégémonique de l'Occident, il est défendu avec la dernière intransigeance par les autres, au risque d'ignorer la pluralité des histoires et des expériences. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Anne Lafont, fait le pari que les transformations de l'universel pourront fonder un consensus durable : elles témoignent en effet de l'émergence de nouvelles voix, notamment dans la création artistique et les mondes noirs, qui ne renoncent ni au particulier ni à l'universel. À lire aussi dans ce numéro : la citoyenneté européenne, les capacités d'agir à l'ère numérique, ainsi que les tourmentes laïques, religieuses, écologiques et politiques.