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Claude Lévi-Strauss · Bert Verhoeff / Anefo · Wikimedia Commons
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Tous Indiens désormais. La politique à retardement de Claude Lévi-Strauss

Pour sa réflexion sur la figure du chef sans pouvoir, sur l’État comme système de garanties, sur la continuité entre l’échange et la guerre, ou encore sur l’écologie, il faut reconnaître à l’anthropologue une sagesse politique.

L’anthropologie de Claude Lévi-Strauss a longtemps été tenue pour intellectualiste, « formaliste », préoccupée de structures (linguistiques, mythologiques, de parenté) hors de portée de l’action individuelle, éloignée des préoccupations éthiques et politiques, ne sauvant l’humanité de l’insignifiance qu’à travers son admiration esthétique pour les œuvres éphémères de l’art et de l’imagination, et pour la musique. Volontiers sarcastique vis-à-vis des envolées du lyrisme humaniste, impitoyable contre les illusions de toute-puissance du sujet et contre la quête de salut que les intellectuels prétendument sécularisés investissaient dans l’histoire, Lévi-Strauss avait certes un tropisme « zen », enclin à méditer l’inanité de l’action et de l’affirmation de soi du sujet, et un pessimisme nourri de la considération thermodynamique de l’entropie, qui conduit notre univers à une lointaine destruction. Aussi a-t-on pu considérer que le « vieux » Lévi-Strauss avait abandonné toutes les velléités de transformation du monde social qui avaient animé le jeune militant socialiste et le fougueux ethnologue débutant qui présentait sa discipline comme une « science révolutionnaire ». Il a d’ailleurs lui-même confirmé cette interprétation en expliquant que son engagement de jeunesse, pacifiste et internationaliste, l’avait aveuglé sur la montée en puissance du nazisme, et les errements de certains des socialistes en quête d’une « troisième voie », qu’il avait fréquentés et parfois ad

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Jean-Claude Monod

Philosophe, il s'intéresse en particulier aux rapports entre politique et religion, ainsi qu'à l'articulation entre démocratie et pouvoir, notamment dans l'interrogation qui est au coeur de son livre, Qu'est-ce qu'un chef en démocratie? Politiques du charisme (Paris, Seuil, 2012).

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En Ukraine et en Russie, le temps de la guerre

L’invasion de l’Ukraine en février 2022 a constitué un choc immense pour l’Europe et le monde. Elle s’inscrit néanmoins dans une forme de continuité, qui a vu le régime de Poutine se faire toujours plus répressif à l’intérieur de ses frontières, et menaçant à l’extérieur, depuis au moins 2008 et l’affrontement militaire en Géorgie, l’annexion de la Crimée en 2014 marquant une nouvelle étape dans cette escalade. Constitué en urgence en réaction au déclenchement de la guerre, le dossier de ce numéro interroge ses premières conséquences. De quelles manières les sociétés ukrainienne et russe font-elles face à la guerre ? Comment résister à la vaste opération de révisionnisme historique engagée par le régime de Poutine, dont témoigne la répression de toutes les sources indépendantes d’information, mais aussi de recherche et de connaissance ? En Ukraine, sur quelles ressources la résistance peut-elle compter ? En Russie, une opposition parviendra-t-elle à se constituer, malgré la chape de plomb qui s’est abattue sur le pays ? À lire aussi dans ce numéro : la justice entre les générations, le fascisme du dedans, la politique de Lévi-Strauss, la médecine contre les robots, une autre histoire de la racialisation et la naissance de l’écoféminisme.