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Portrait de Svletana Alexievitch | Crédits : Elke Wetzig ,CC BY-SA 3.0
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Svletana Alexievitch. Le Nobel d'une humanité dans les décombres

S’il faut assigner une place à Svetlana Alexievitch dans le panthéon littéraire russe, alors disons qu’elle se tient très exactement à la frontière entre Tchekhov et Alexandre Soljenitsyne. Tchekhov, lorsqu’il écrit son mémorable l’Île de Sakhaline – ce poignant carnet de voyage qu’il rapporte de la visite qu’il est allé faire, habité par une urgence intérieure que son entourage ne comprend pas, au bagne de l’Extrême-Orient russe –, veut voir, comprendre, toucher du doigt une humanité que personne ne souhaite considérer, une humanité reléguée parce qu’on veut pouvoir l’ignorer. L’écrivain médecin veut raconter, rendre compte de ce qu’il découvre, et rendre présents ces êtres humains, hommes, femmes, enfants. Il veut dire comment on vit là-bas. Soljenitsyne, quant à lui, construit une cathédrale de témoignages pour décrire un système qu’il abhorre. Il cogne certes comme un bûcheron, ou comme un veau qui frappe obstinément de sa tête le chêne qu’il veut abattre, mais derrière la détermination implacable du lutteur, il y a la même compassion. Svetlana Alexievitch commence là où l’auteur de l’Archipel du Goulag s’est arrêté : après l’effondrement du chêne.

Soljenitsyne avait prévenu : les décombres de l’Union soviétique seraient écrasants, terriblement dangereux, comme un champ de bataille dont les armées se retirent après le combat, abandonnant des ruines vacillante

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Jean-François Bouthors

Éditeur, journaliste et écrivain, il est l’auteur de plusieurs livres, dont La Nuit de Judas (l’Atelier, 2008), Paul le Juif (Parole et Silence, 2011), Délivrez-nous de "Dieu". De qui donc nous parle la Bible ? (Médiaspaul, 2014), Comment Poutine change le monde (François Bourin, 2016), Nous, Français (L’Observatoire, 2018) et, avec Jean-Luc Nancy, Démocratie ! Hic et nunc (François Bourin, 2019).…

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Dans un contexte de déculturation et de repli identitaire, les affirmations religieuses – en particulier celles de l’islam – interrogent les équilibres politiques et mettent les sociétés à l’épreuve. Les textes d’Olivier Roy, Smaïn Laacher, Jean-Louis Schlegel et Camille Riquier permettent de repenser la place des religions dans l’arène publique, en France et en Europe.

A lire aussi dans ce numéro, une critique de l’état d’urgence, un journal « à plusieurs voix », une réflexion sur l’accueil des réfugiés, une présentation de l’œuvre de René Girard et des réactions aux actualités culturelles et éditoriales.