Tableau : "The Examination of a Witch", de T. H. Matteson
Dans le même numéro

Halte au feu !

Sur des sujets aussi clivants que les migrations, l’islam, le populisme ou le rapport entre savoir et idéologie, les universitaires français cèdent de plus en plus au ressentiment et à l’invective, alimentant ainsi les horizons politiques les moins rationnels et la crispation des positions. Le temps est venu de cesser le feu.

Il fut un temps où les meilleurs esprits pouvaient entendre le stalinien Alexandre Fadeïev traiter Jean-Paul Sartre de « hyène dactylographe, chacal muni d’un stylo » ; où le directeur des Temps Modernes pouvait à son tour écrire sur le plus jdanovien de nos intellectuels « le seul crétin, c’est Kanapa ». Tandis que s’invectivaient penseurs et publicistes de progrès, le lectorat conservateur pouvait sourire tranquille à la lecture des dessins de Jean Sennep à la une du Figaro. Doit-on regretter cette époque ? Peut-on accepter le retour à l’attaque ad personam dans le débat intellectuel ?

Désormais, dans notre pays, on signe des tribunes et des pétitions, non pas pour dénoncer un coup d’État, pour tenter de sortir quelqu’un d’une geôle, pour soutenir une association en butte à un gouvernement autoritaire, mais pour dire son antipathie envers des chercheurs ou des professeurs qui exercent dans le bâtiment d’en face, parfois le bureau d’à côté. « Antipathie » : le terme est faible ! Tout y passe, sur un arc qui s’étend depuis l’accusation de lepénisme jusqu’à la dénonciation de collusion avec le terrorisme islamique. Les nerfs lâchent d’autant plus que l’effet de la vie intellectuelle sur les choix politiques de la société française paraît plus évanescent. Qu’on le veuille ou non, c’est le camp démocrate qui, aujourd’hui comme hier, se déchire à pleines dents. Les Sennep du moment, publicistes et provocateurs, ne s’embarrass

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Jean-Frédéric Schaub

Directeur d’études à l’Ehess, il est notamment l’auteur de Pour une histoire politique de la race (Seuil, 2015).

Dans le même numéro

Nos attentes à l’égard de la littérature ont changé. Autant qu’une expérience esthétique, nous y cherchons aujourd’hui des ressources pour comprendre le monde contemporain, voire le transformer. En témoigne l’importance prise par les enjeux d’écologie, de féminisme ou de dénonciation des inégalités dans la littérature de ce début du XXIe siècle, qui prend des formes renouvelées : le « roman à thèse » laisse volontiers place à une littérature de témoignage ou d’enquête. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Alexandre Gefen, explore cette réarticulation de la littérature avec les questions morales et politiques, qui interroge à la fois le statut de l’écrivain aujourd’hui, les frontières de la littérature, la manière dont nous en jugeons et ce que nous en attendons. Avec des textes de Felwine Sarr, Gisèle Sapiro, Jean-Claude Pinson, Alice Zeniter, François Bon.