Manifestation contre le 5e mandat de Bouteflika (Blida) mars 2019
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La fête citoyenne et le pouvoir en Algérie

Depuis le 22 février, la jeunesse manifeste plusieurs fois par semaine dans toutes les villes du pays. Elle montre une Algérie tout à fait nouvelle, hier encore inimaginable. On voyait des Algériens fatigués, désabusés, sans espoir pour leur pays, revenus d’à peu près tout, de l’islam politique comme des rêves de démocratie, occupés par leurs petites et grandes affaires, ne songeant qu’à quitter une société étouffante, un régime sclérosé, une corruption systémique, un chômage à vie, pour partir en Europe ou au Canada et s’inventer une vie. On voyait une bourgeoisie, bigote ou tapageuse, parader dans ses grosses berlines rutilantes et dans des vêtements de marques criardes, des classes moyennes occupées à rembourser les crédits largement octroyés depuis quinze ans et à galérer pour trouver un logement de plus en plus hors de prix. On voyait des classes populaires frappées par le chômage ou se demandant comment, avec leurs petits salaires, elles pourraient acheter une nourriture dont les prix, malgré les subventions, ne cessent de monter. Qui pouvait penser, il y a quelques mois, que la jeunesse des villes manifesterait aussi nombreuse dans les villes du pays ?

Aucune agressivité, aucune tristesse dans les cort&egrav

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Jean-Pierre Peyroulou

Spécialiste de l’histoire de l’Algérie et des problématiques liées à la décolonisation.   Après un ouvrage sur la guerre civile algérienne des années 1990 (L’Algérie en guerre civile, avec Akram B. Elyas, Calmann-Lévy, 2002) et une réinterprétation des violences des mois de mai et de juin 1945 en Algérie (Guelma, 1945, La Découverte, 2009), il prépare un atlas historique des...

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« Lancer l’alerte », un dossier coordonné par Anne-Lorraine Bujon, Juliette Decoster et Lucile Schmid, donne la parole à ces individus prêts à voir leur vie détruite pour révéler au public des scandales sanitaires et environnementaux, la surveillance de masse et des pratiques d’évasion fiscale. Ces démarches individuelles peuvent-elles s’inscrire dans une action collective, responsable et protégée ? Une fois l’alerte lancée, il faut en effet pouvoir la porter, dans un contexte de faillite des espaces traditionnels de la critique.