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L'Algérie passée des manifestations

juin 2019

Le passé convoqué par les manifestants est presque exclusivement celui de la guerre d’indépendance, dont la   démocratie et le pluralisme font singulièrement défaut et au cours duquel les militaires ont rapidement pris le pouvoir. La volonté d’indépendance n’allait en effet pas forcément avec l’esprit de liberté, qui s’est plutôt manifesté lors de la transition démocratique (1988-1992).

Les mouvements sociaux et politiques s’établissent souvent en référence au passé, qu’ils réactualisent. S’ils constituent des ruptures avec l’ordre établi, ils s’inscrivent dans une continuité historique et une mémoire collective qui leur confèrent un sens et une légitimité. Ils font notamment écho, aussitôt qu’ils surgissent, aussi imprévisibles ou inattendus soient-ils, à d’autres mouvements qui les ont précédés.

Les Algériens qui manifestent depuis le 22 février ont d’abord demandé le départ d’Abdelaziz Bouteflika Non au cinquième mandat»). Puis, une fois ce dernier écarté, un changement en profondeur. «Départ des trois B, pas de dialogue avec le gang[1]», «Système dégage», disent les slogans. Les manifestants ne veulent pas de la reconduction du régime avec une nouvelle tête cooptée par les chefs de l’armée au moyen d’une élection prévue le 4 juillet, mais réclament l’élection d’une assemblée constituante

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Jean-Pierre Peyroulou

Spécialiste de l’histoire de l’Algérie et des problématiques liées à la décolonisation.   Après un ouvrage sur la guerre civile algérienne des années 1990 (L’Algérie en guerre civile, avec Akram B. Elyas, Calmann-Lévy, 2002) et une réinterprétation des violences des mois de mai et de juin 1945 en Algérie (Guelma, 1945, La Découverte, 2009), il prépare un atlas historique des décolonisations, ce…

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Dans un dossier sur « Le soulèvement algérien », coordonné par Hamit Bozarslan et Lucile Schmid, Esprit salue un mouvement non violent de revendication démocratique qui vise à en terminer avec un régime autoritaire et corrompu. Le souci de dignité permet aux Algériens de renouer avec leur conscience historique. À lire aussi dans ce numéro : un entretien avec Karol Modzelewski, un hommage à Pierre Hassner et une philosophie de l’événement.