Les Démocrates peuvent-ils remporter les élections de mi-mandat ?
Les élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre aux États-Unis devraient être favorables aux Démocrates. Si ces derniers profitent de l’affaissement de la popularité en interne de Donald Trump, auront-ils pour autant la capacité de proposer une réelle alternance ?
Les opposants les plus farouches à Donald Trump sont persuadés que les États-Unis sont gouvernés par un dictateur, un fasciste, voire un roi : ce fut la prémisse de base du mouvement « No Kings ». Dans le même temps, ils sont persuadés que ce roi pourrait être battu lors des élections de mi-mandat de novembre 2026. Si cette conviction ne brille pas par sa cohérence, elle repose sans doute sur une vérité : le soutien dont le président a pu bénéficier lors des élections présidentielles est sérieusement fragilisé, et le scrutin de novembre s’annonce en faveur des Démocrates. Mais si le parti d’opposition semble en mesure de remporter cette manche, le jeu est loin d’être gagné.
Si Trump est de plus en plus mal aimé, le désamour du public américain ne correspond pas nécessairement aux critiques avancées par l’opposition. Le taux de popularité du président se trouve légèrement en dessous de 40 % (un chiffre qui pourrait pourtant faire rêver Emmanuel Macron ou Keir Starmer…). Surtout, son taux d’approbation net (la différence entre les taux d’approbation et de désapprobation) est à environ 17 %1. Ce déclin a commencé par l’annonce de nouveaux tarifs en avril 2025 et s’est depuis poursuivi progressivement, notamment avec les tueries commises par des agents fédéraux à Minneapolis, début 2026, et avec la guerre contre l’Iran. Mais le grand souci des Américains semble être avant tout l’inflation (désormais baptisée « affordability »). La méfiance des électeurs vis-à-vis de la politique protectionniste et internationale du président Trump se réduit en grande partie à des angoisses économiques.
À cet égard, le phénomène de rejet de Trump n’est que la reprise de celui dirigé à l’encontre de Joe Biden, qui fut lui aussi accusé (notamment par Trump) de la chute du pouvoir d’achat. Le public américain traverse une période particulièrement pessimiste, surtout sur le plan économique, avec de moins en moins d’Américains capables d’imaginer un avenir heureux (de 59 % en 2021 à 48 % fin 2025, selon un sondage Gallup2). Le mécontentement accentué par la guerre contre l’Iran s’explique moins par l’empathie des Américains pour le peuple iranien, ou pour la crédibilité internationale de leur pays, que par la hausse du prix du carburant. L’impopularité de Trump s’explique ainsi moins par le caractère exceptionnel de ses actes (l’argument toutefois retenu par les Démocrates) que par leur aspect prévisible : Trump, comme Biden avant lui, est vu comme un président incapable de s’occuper des préoccupations quotidiennes des Américains.
En parallèle, la coalition rassemblée par Trump en 2024 est en train de s’effriter. Lors de ce scrutin, le président avait obtenu les voix de 48 % des Hispaniques, le meilleur score pour un candidat républicain depuis un demi-siècle. Sa popularité auprès de cet électorat frôle désormais les 28 %. Et alors qu’il avait pu bénéficier du soutien des électeurs indépendants (qui n’étaient affiliés ni aux Démocrates, ni aux Républicains), il est en train de perdre aussi leur soutien. Seulement 25 % des indépendants, selon un récent sondage, croient dans l’idée que la guerre rendra le monde meilleur3. Mais encore une fois, les enjeux économiques sont décisifs. Si les Hispaniques ne s’enthousiasment guère pour les méthodes de l’ICE – la police fédérale chargée des questions migratoires –, ils reprochent aussi à Trump sa gestion des dossiers économiques : 61 % considèrent que leur sort est pire aujourd’hui qu’au début de son mandat4. Cette opinion semble partagée par de nombreux électeurs indépendants.
À l’approche des élections de mi-mandat, la conjoncture s’annonce donc favorable aux Démocrates. Le principal enjeu de ce scrutin sera le Congrès : l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants, ainsi que les 35 sièges (sur 100) du Sénat. Actuellement, les Républicains disposent d’une majorité dans les deux chambres : 217 sièges pour la Chambre des représentants (contre 215 pour les Démocrates, avec trois sièges vacants) et 53 sièges au Sénat (contre 47 pour les Démocrates). Sur les 35 sièges sénatoriaux à pourvoir en novembre, 33 appartiennent aujourd’hui aux Démocrates et 22 aux Républicains.
Les Démocrates ont plusieurs raisons d’être optimistes. D’abord, c’est une loi d’airain de la politique américaine que le parti non présidentiel progresse lors de cette échéance électorale. Depuis 1938, cette loi n’a été contredite qu’à deux occasions, en 1998 et 2002. Ensuite, les résultats des élections de mi-mandat sont souvent liés au taux de popularité présidentielle. Enfin, à la Chambre des représentants, et dans une moindre mesure au Sénat, les majorités républicaines sont ténues. Dès lors, non seulement les Démocrates ont de bonnes raisons d’espérer remporter ce scrutin, mais certains Républicains commencent à craindre qu’une telle issue soit inévitable.
L’avantage pour les Démocrates doit toutefois être relativisé par d’autres considérations. Conséquence de la polarisation exceptionnelle de la vie politique américaine, plusieurs États (dont la Californie, le Missouri, la Caroline du Nord, l’Ohio, le Texas, et l’Utah) ont effectué un « mid-decade redistricting », soit un traçage des circonscriptions pour la Chambre (les Sénateurs, qui sont élus pour tout un État, n’ont pas à proprement parler de circonscription) en avance du recensement de 2030, lorsque les nouvelles cartes électorales sont généralement attribuées. Et dans la mesure où les Démocrates (comme Gavin Newsom, le gouverneur de la Californie) ont rapidement répondu à cette initiative (en traçant les circonscriptions à leur propre avantage), le parti présidentiel ne peut espérer remporter qu’un petit avantage – deux ou trois sièges – du fait de cet abus éhonté des institutions. Toutefois, la décision de la Cour suprême de la Virginie, en mai, de rejeter une nouvelle carte électorale favorisant les Démocrates risque d’affaiblir les avantages que ces derniers croyaient avoir acquis lors de cette compétition.
Deux États semblent essentiels si les Démocrates souhaitent remporter le Sénat : le Maine et la Caroline du Nord.
Si les Démocrates ont toujours de bonnes chances de remporter la Chambre des représentants, une victoire au Sénat sera plus difficile. Ils devront gagner au moins quatre sièges pour faire basculer la majorité. En même temps, ils ont moins de possibilités et plus de sièges à défendre. Surtout, dans cette situation de polarisation, il y a relativement peu d’États qui ne sont pas déjà acquis à un parti. Et deux États semblent essentiels si les Démocrates souhaitent remporter le Sénat : le Maine et la Caroline du Nord.
Pour les élections sénatoriales, l’État du Maine est le seul État en jeu ayant voté pour Kamala Harris en 2024, mais dont le candidat sortant est Républicain. Il s’agit de Susan Collins, sénatrice de longue date appartenant à l’espèce disparue des Républicains modérés. Parce qu’elle a souvent marqué ses distances avec Trump, elle est restée relativement appréciée des électeurs, mais les Démocrates maintiennent qu’un des leurs serait plus en phase avec l’électorat de cet État. Pendant un moment, deux Démocrates se préparaient à s’affronter lors d’une primaire, pour pouvoir porter l’étendard du parti contre Susan Collins : le gouverneur Janet Mills, une modérée, ou Graham Platner, un ostréiculteur progressiste. Mais confrontée à des sondages défavorables, Janet Mills s’est retirée. Les Démocrates, en colère contre l’« establishment » de leur parti, ont opté pour une alternative encore plus à gauche. Reste à voir si ce « choix » leur permettra de gagner le Maine et le Sénat.
La situation se profile différemment en Caroline du Nord. Puisque le Républicain Thom Tillis a décidé de ne pas se représenter – et d’en profiter pour devenir un critique sévère du président –, il n’y a pas de candidat sortant. Les Démocrates ont recruté un de leurs meilleurs candidats pour ce scrutin : Roy Cooper, ancien gouverneur, discret mais efficace, modéré tout en ayant d’excellentes relations avec le courant progressiste de son parti. Il a été élu à six reprises dans l’État (comme ministre de la Justice, puis gouverneur), sortant victorieux notamment de scrutins qui ont surtout bénéficié aux Républicains (Roy Cooper fut élu gouverneur pour la première fois en 2016, alors même que la Caroline du Nord avait voté pour Trump comme président). Son adversaire est Michael Whatley, un apparatchik du parti Républicain choisi par Trump lui-même. Roy Cooper n’a jamais perdu d’élection ; avant cette année, Michael Whatley ne s’était jamais présenté. Si la Caroline du Nord, État « pourpre » (ni Démocrate, ni Républicain) par excellence, a souvent hésité à élire des candidats Démocrates à des postes fédéraux, Roy Cooper est pourtant pressenti comme le favori pour devenir le premier sénateur Démocrate de son État depuis plus d’une décennie.
Le problème, pour les Démocrates, est de trouver d’autres États où ils pourront gagner au moins deux autres sièges. La nomination du jeune séminariste James Talarico a permis aux Démocrates d’imaginer une victoire au Texas. Mais ces derniers n’ont pas remporté d’élections dans cet État depuis 1994. Les obstacles demeurent donc redoutables.
Si les Démocrates ont de solides raisons de croire à leur victoire dans au moins une chambre, une question demeure : pour quoi faire ? Si dans l’électorat américain, selon un sondage récent, 53 % ont une opinion défavorable du parti Républicain, 56 % – ceci n’est pas une coquille ! – voient le parti Démocrate d’un mauvais œil5. Malgré leurs nombreuses défaites, et leur incapacité tenace à avoir une prise sur le phénomène Trump, les Démocrates sont loin d’un aggiornamento. S’ils persistent dans une stratégie de résistance anti-Trump et de progressisme culturel porté par un électorat diplômé, au détriment des perspectives électorales, ils risquent bien de profiter de l’affaissement de Trump, mais sans avoir la capacité de proposer une véritable alternance, ni de rassembler une majorité décisive.
- 1. Voir Nate Silver, “Trump approval just hit the 30s. Can his numbers get any lower?” [en ligne], Silver Bulletin, 30 mars 2026.
- 2. Voir Dan Witters, “American optimism slumps to record low” [en ligne], Gallup, 10 février 2026.
- 3. Voir “More voters think war with Iran will make the world less safe” [en ligne], Quinnipiac University, 25 mars 2026.
- 4. Voir Carolyne Im et Luis Noé-Bustamante, “Majorities of Latinos disapprove of Trump and his policies on immigration, economy”, Pew Research Center, 24 novembre 2025.
- 5. Voir “More voters think war with Iran will make the world less safe” [en ligne], art. cité.