Benito Mussolini prononçant un discours, en 1932. Wikimédia
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Un roman démocratique

M. L’enfant du siècle d’Antonio Scurati

juil./août 2021

Le dernier roman d’Antonio Scurati, consacré à Mussolini, a suscité les critiques en raison de sa forme, à mi-chemin entre le récit et le documentaire, et de son ton ouvertement engagé. L’auteur prétend opposer une contre-histoire au récit mythifié du régime fasciste.

Le roman d’Antonio Scurati, M. L’enfant du siècle, traduit en quarante langues et lauréat du prix Strega en Italie, a rencontré un succès considérable dans son pays1. Narrant l’ascension de Mussolini à la fin de la Première Guerre mondiale jusqu’à la marche sur Rome en 1924, ce volume est le premier d’une trilogie à venir. Son succès est révélateur d’une attente et d’une effervescence quant aux enjeux mémoriels de l’Italie, mais aussi des enjeux politiques du présent. De forme hybride, le récit, qualifié de « roman documentaire » par son auteur, est explicitement engagé, entendant offrir au public le plus large un accès dynamique et documenté à la genèse du fascisme. Ce retour au principe selon lequel la littérature doit « instruire et plaire » n’a pas fait consensus et le mélange des genres a pu susciter certaines critiques : Les Bienveillantes (2006) de Jonathan Littell avait déjà, dans sa singularité, ouvert le débat. Mais Scurati n’esquive pas ces questions : il engage pleinement la dimension démocratique du genre romanesque dans son geste. Qui plus est, l’accue

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Nicolas Léger

Professeur de lettres et de philosophie au lycée Victor-Hugo de Florence, il a récemment publié « Soumission, ou l'épuisement de tout » (Esprit, novembre 2018).

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Nos attentes à l’égard de la littérature ont changé. Autant qu’une expérience esthétique, nous y cherchons aujourd’hui des ressources pour comprendre le monde contemporain, voire le transformer. En témoigne l’importance prise par les enjeux d’écologie, de féminisme ou de dénonciation des inégalités dans la littérature de ce début du XXIe siècle, qui prend des formes renouvelées : le « roman à thèse » laisse volontiers place à une littérature de témoignage ou d’enquête. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Alexandre Gefen, explore cette réarticulation de la littérature avec les questions morales et politiques, qui interroge à la fois le statut de l’écrivain aujourd’hui, les frontières de la littérature, la manière dont nous en jugeons et ce que nous en attendons. Avec des textes de Felwine Sarr, Gisèle Sapiro, Jean-Claude Pinson, Alice Zeniter, François Bon.