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Photo : Noah Näf via Unsplash
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Le clown du lac

décembre 2021

Dans cette nouvelle, Emmanuelle Salasc décrit la transformation rapide d’une vallée en lac artificiel sous la pression de nouveaux habitants venus de la ville. Le grand-père du narrateur a troqué son vignoble pour une ferme pédagogique : il est ainsi devenu le clown du lac.

Le lac n’était pas un lac du temps des vignes de mon grand-père, mais il n’est pas tellement un lac maintenant non plus, plutôt un parc municipal, un parc aquatique, un immense bassin d’attraction. Malgré sa centaine de millions de mètres cubes de baignades et de jeux, le lac n’a jamais vraiment été un lac. Il est né d’un maigre ruisseau de notre vallée perdue avant de devenir le quartier le plus ensoleillé de la ville.

D’abord, il y avait seulement la vallée, rouge, sèche et brutale, adoucie par le caillé des brebis et le collant du raisin, décliné vert et grenat sur tous les plats et jusqu’aux débuts des pentes. On y trouvait aussi, par-ci par-là, la tendresse des olives et l’amertume blanche des amandiers. La cuvette était traversée de haut en bas par un tout petit ruisseau, dont il fallait se méfier après les orages, parce qu’alors il levait et sortait de son lit, gonflant au contact des terres qui n’avaient jamais le temps de le boire avant qu’il ne soit trop tard, avant qu’il ne devienne un torrent capable d’avaler les vignes, les ponts, les abords des villages. Les amandes n’étaient pas grand-chose, des gâteries pour les gosses, des olives on tirait un peu d’huile, et des brebis on transformait le lait. Il y avait quelques milliers de têtes dans la combe, les moutons servaient aussi au nettoyage de la garrigue. Mais ce qui comptait avant tout ici, c’était le sucre du vin, c’était de la vigne qu’on vivait, même les plus jeunes aidaient aux vendanges, pour se p

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Emmanuelle Salasc

Née en 1969 dans l’Aveyron, Emmanuelle Salasc vit et travaille en altitude. Elle est récemment l’autrice, après des publications sous les pseudonymes Emma Schaak et Emmanuelle Pagano, de Hors gel (P.O.L, 2021).

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Le changement climatique a donné un nouveau visage à l’idée de fin du monde, qui verrait s’effondrer notre civilisation et s’abolir le temps. Alors que les approches traditionnellement rédemptrices de la fin du monde permettaient d’apprivoiser cette fin en la ritualisant, la perspective contemporaine de l’effondrement nous met en difficulté sur deux plans, intimement liés : celui de notre expérience du temps, et celui de la possibilité de l’action dans ce temps. Ce dossier, coordonné par Nicolas Léger et Anne Dujin, a voulu se pencher sur cet état de « sursis » dans lequel nous paraissons nous être, paradoxalement, installés. À lire aussi dans ce numéro : le califat des réformistes, la question woke, un hommage à Jean-Luc Nancy, la Colombie fragmentée, la condition cubaine selon Leonardo Padura, et penser en Chine.