Dans le même numéro

Un Desproges bien trop consensuel

On imagine que Desproges se serait révolté de la gentillesse avec laquelle le milieu des rieurs professionnels l’a encensé dix ans après sa mort. À peu près tout le monde revendique son héritage comme si celui-ci fournissait un brevet de « révoltisme ». Alors que les éditions du Seuil viennent de publier Tout Desproges en un volume, on peut s’interroger sur un consensus qui prête au malentendu. Tout d’abord, Desproges est un anarchiste impénitent qui ne supporte pas la politique (« Que choisir ? Mitterrand ou la gauche ? »), l’appartenance à des collectifs, la masse, l’ethnie, la communauté. Il n’a jamais cessé de se moquer des identités, ce qui vise les milieux professionnels (et d’abord la télévision, Christine Ockrent et Anne Sinclair en savent quelque chose) aussi bien que les milieux ethniques (à commencer par la communauté juive qui n’a guère apprécié le sketch sur les camps de concentration). Le plus surprenant est que les sketchs, où il évoque les « milieux » toujours limites et souvent blessants, apparaissent aujourd’hui moins choquants ou méchants qu’hier. Et comment parler de ceux qui visent les ingénieurs ou médecins spécialistes de la mort, de Louis Leprince-Ringuet à Sakharov (« Il n’y a jamais loin d’un cher Nobel à Tchernobyl ») ? Ceux qui pensent

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Olivier Mongin

Directeur de la revue Esprit de 1989 à 2012   Marqué par des penseurs comme Michel de Certeau, qui le pousse à se confronter au structuralisme et l'initie aux problématiques de la ville et aux pratiques urbaines, Claude Lefort et Cornelius Castoriadis, les animateurs du mouvement Socialisme ou Barbarie, qui lui donnent les outils à la fois politiques et philosophiques de la lutte…

Dans le même numéro

Le sentiment d'accélération de l'histoire
Changement technique : peut-on ralentir ?
Tyrannie du présent et dévalorisation de l'avenir