Photo : Elizabeth Lies
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La terre, une ressource politique

En dépit de l’urbanisation, la question foncière reste un facteur d’instabilité politique. L’opposition entre oligarchie foncière et masse de paysans précaires explique bien des dérives autoritaires contemporaines, notamment au Brésil. Et l’Afrique est marquée par un mouvement préoccupant de concentration et de dépossession.

La terre arable est un terreau du politique. Ce fut vrai dans l’histoire, mais l’actualité démontre encore combien la question foncière reste déterminante en politique. Faut-il rappeler que Marc ­Ravalomanana, candidat aux dernières élections présidentielles de décembre 2018 à Madagascar, avait été chassé du pouvoir en 2009, sur fond d’annonce de locations massives de terres par le coréen Daewoo ? Plus récemment, en 2016, la signature d’un accord de paix entre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et le pouvoir ne comporte-t-il pas un volet foncier tant ce conflit de longue durée comporte un fort soubassement agraire ? Plus près de nous encore, le nouveau président sud-africain, Cyril Ramaphosa, en quête de légitimité, ne vient-il pas de relancer la perspective d’une réforme agraire en forme de reprise de terres aux Blancs, ce que Mandela n’avait pas voulu faire au nom de l’unité de la «nation arc-en-ciel» ? Et, de nos jours, combien de populations en Afrique et ailleurs ont déguerpi du fait d’investissements fonciers peu regardants ? Quand bien même le monde serait devenu majoritairement urbain, on voit bien, au travers de ces exemples, que la terre arable

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Pierre Blanc

Professeur de géopolitique à Bordeaux, il vient de publier Terres, pouvoirs et conflits. Une agro-histoire du monde (Sciences po, 2018).

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Dans un dossier sur « Le soulèvement algérien », coordonné par Hamit Bozarslan et Lucile Schmid, Esprit salue un mouvement non violent de revendication démocratique qui vise à en terminer avec un régime autoritaire et corrompu. Le souci de dignité permet aux Algériens de renouer avec leur conscience historique. À lire aussi dans ce numéro : un entretien avec Karol Modzelewski, un hommage à Pierre Hassner et une philosophie de l’événement.