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Zelenyi Hai, Ukraine. Photo : Polina Rytova via Unsplash
Zelenyi Hai, Ukraine. Photo : Polina Rytova via Unsplash
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Guerre en Ukraine et spectre de famine

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a brutalement fait ressurgir les risques de famine, les deux pays assurant l’essentiel de la production mondiale de blé et de céréales. L’inquiétude est particulièrement vive dans les pays importateurs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, où les pénuries risquent d’exaspérer les populations et d’aggraver l’instabilité politique.

La guerre en Ukraine a redonné une actualité à des phénomènes que l’on pensait révolus, à commencer par le principe de la guerre d’invasion d’un pays par un autre. En effet, depuis celle de l’Irak en 2003 par la coalition américano-britannique, la guerre inter-étatique d’envergure avait disparu. La guerre était devenue une affaire strictement intra-étatique sur fond de démantèlement d’États faillis et/ou autoritaires. Avec le conflit en Ukraine, un autre phénomène est aussi réapparu : la possibilité d’un « ouragan de famine », selon les termes du secrétaire général des Nations unies. Si la planète n’en avait pas fini avec l’insécurité alimentaire, du fait notamment des guerres civiles et du maintien de la pauvreté qui dégradent les rations alimentaires, les grands épisodes de famine avaient disparu depuis la fin du xxe siècle. L’affaire est tellement grave que, le 30 mars 2022, la Russie a même été accusée devant le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies d’avoir provoqué une « crise alimentaire mondiale ».

Le retour d’un grenier historique

Cette perspective de famine est paradoxalement née d’une abondance recouvrée. Depuis les années 2010, la Russie et l’Ukraine sont en effet redevenues un grenier essentiel pour l’approvisionnement mondial en céréales – blé et maïs surtout. Très propices à l’agriculture, les terres noires qu’elles abritent ont été les premières à avoir été scientif

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Pierre Blanc

Professeur de géopolitique à Bordeaux, il vient de publier Terres, pouvoirs et conflits. Une agro-histoire du monde (Sciences po, 2018).

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Patrimoines contestés

Depuis la vague de déboulonnage des statues qui a suivi l’assassinat de George Floyd, en mai 2020, la mémoire et le patrimoine sont redevenus, de manière toujours plus évidente, des terrains de contestation politique. Inscrire ces appropriations de l’espace urbain dans un contexte élargi permet d’en comprendre plus précisément la portée : des manifestations moins médiatisées, comme l’arrachement de la statue d’un empereur éthiopien en Grande-Bretagne, ou touchant à des strates d’histoire inattendues, comme la gestion de la statuaire soviétique, participent d’une même volonté de contester un ordre en dégradant ses symboles. Alors qu’une immense statue célébrant l’amitié russo-ukrainienne vient d’être démontée à Kiev, le dossier de ce numéro, coordonné par Anne Lafont, choisit de prendre au sérieux cette nouvelle forme de contestation, et montre que les rapports souvent passionnés que les sociétés entretiennent avec leur patrimoine ne sont jamais sans lien avec leur expérience du conflit. À lire aussi dans ce numéro : l’histoire, oubli de l’inconscient ?, le prix de l’ordre, pour une histoire européenne, les femmes dans l’Église, les réfugiés d’Ukraine et nos mélancolies secrètes.