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François Mitterand | Domaine public (https://catalog.archives.gov/)
Dans le même numéro

Une défaite de la pensée. François Mitterrand et le Rwanda (1990-1994)

octobre 2021

La clé pour comprendre la politique française au Rwanda se trouve chez le président Mitterrand, qui nourrissait une vision ethnique de la crise et cherchait à protéger les intérêts français d’une menace fantasmée de l’Afrique anglophone.

C’est une question maintes fois posée à toute personne travaillant sur le Rwanda et le génocide des Tutsi rwandais de 1994 : comment comprendre la politique française au cours de ces années fatales ? Comment comprendre le soutien jamais démenti – et même accentué d’année en année – au régime Habyarimana, en dépit de tant d’alertes émises par de multiples canaux au sein de l’État français ? Comment comprendre qu’une fois le génocide commencé, ce soutien ait pu se prolonger ? Et comment comprendre enfin qu’il se soit discrètement poursuivi une fois le pays conquis par le Front patriotique rwandais (FPR), à travers l’isolement imposé au nouveau régime et l’aide apportée aux anciens maîtres du pays, réfugiés dans les camps du Kivu ? Ces questions sont d’autant plus aiguës que le Rwanda n’appartenait pas à la zone d’influence postcoloniale française en Afrique et qu’il paraît particulièrement difficile de comprendre l’engagement de la France dans un petit pays si dénué de ressources. Disons-le d’emblée : il n’y a pas de réponse simple, ni sans doute définitive, à de telles interrogations.

Le président et personne d’autre

Une chose paraît sûre en tout cas, qui n’est contestée par personne : la clé de la politique française au Rwanda se trouve chez le président François Mitterrand, et ce du début à la fin de la crise rwandaise. Le rapport Duclert l’établit de manière parfaitement convaincante : quel que soit le rôle très nocif de son entourage immédiat (secrétaria

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Stéphane Audoin-Rouzeau

Directeur d'étude à l'École des hautes études en sciences sociales, il est spécialisé dans l'anthropologie historique du phénomène guerrier à l'époque contemporaine.

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La publication du rapport Duclert a réouvert le débat sur les responsabilités du gouvernement, de la diplomatie et de l’armée françaises dans le génocide des Tutsi au Rwanda. À partir d’une lecture de ce rapport, le présent dossier propose de réfléchir à ce que nous avons appris, dans les vingt-cinq ans qui nous séparent des faits, sur l’implication de la France au Rwanda. Quelles leçons peut-on tirer des événements, mais aussi de la difficulté, dans les années qui ont suivi, à s’accorder sur les faits et à faire reconnaitre la vérité historique ? Quels constats cette histoire invite-t-elle sur le partage des responsabilités entre autorités politiques et militaires, sur les difficultés inhérentes aux opérations extérieures, notamment en Afrique, et enfin sur le bilan de ces interventions, au moment où la France choisit de réduire sa présence au Sahel ? Au-delà du seul cas français, l’échec de la communauté internationale à prévenir le génocide rwandais invite en effet à repenser le cadre des interventions armées sur les théâtres de conflits et de guerres. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Afghanistan, djihadisme et démocratie, gouverner le trottoir, à qui profite le crime ?, le retour à Rome d’Hédi Kaddour et le carnaval Belmondo.