La répression s’abat de nouveau sur la société iranienne, et s’intensifie à la mesure de la contestation qui embrase le pays depuis la fin décembre. Trois ans après le démarrage du mouvement « Femme, Vie, Liberté » à l’automne 2022, huit ans après le mouvement de fin 2017, dix-sept ans après le « mouvement vert » de 2009, les Iraniens et les Iraniennes sont de nouveau dans la rue, et défient le régime. La société civile, que l’on aurait pu croire durablement paralysée par la violence répressive, respire encore, et ouvre un nouvel épisode de sa relation conflictuelle à la République islamique.
Ces mouvements successifs, qui témoignent du courage des Iraniens, frappent aussi par leur diversité : les revendications économiques au départ de l’actuel mouvement et de celui de 2017, la demande de liberté individuelle et d’émancipation qui était au cœur de « Femme, Vie, Liberté », ou les exigences plus explicitement politiques du « mouvement vert » sont autant de ferments de déstabilisation, mais elles ne contestent pas de la même manière le récit fondateur de la République islamique. Leur caractère pluriel est à la fois signe de vitalité civique, et de la difficulté à faire émerger un « nous » du peuple face au régime. D'autant que la « guerre des douze jours » menée par Israël en juin dernier a placé la question de la sécurité au cœur des préoccupations des Iraniens.
Si l’usure du pouvoir sous les coups de boutoirs répétés est toujours plus visible, la question reste entière de savoir quel changement politique durable pourrait aujourd’hui advenir. Dans son livre, L’anti-démocratie au XXIe siècle (CNRS éditions, 2021), Hamit Bozarslan soulignait que les sociétés aux prises avec ces régimes sont toujours face au dilemme aronien, entre « réforme impossible » et « révolution improbable ». Parce qu’il confisque le sentiment national à son profit, et qu’il écrase la diversité du social sous l’opposition entre « amis » et « ennemis » de la nation, le pouvoir empêche encore l’émergence d’une véritable alternative démocratique, où s’exprimerait un débat sur l’avenir du pays. C’est à cette condition que pourra être enfin dénoué le pacte fondateur de 1979, qui lie encore la société iranienne à son régime.
La rédaction