par Revue Esprit
· 4 articles

La chute du régime de Bachar Al-Assad en quelques jours à peine, après treize ans d’une guerre qui a laissé le pays et le peuple syriens exsangues, est d’abord une bonne nouvelle qu’il faut savoir célébrer comme telle. Privée du soutien des alliés iraniens et russes qui lui permettaient de s’accrocher au pouvoir, ne tenant plus que grâce au narco-traffic, la dictature s’est effondrée comme un château de cartes. Pour un peuple qui n’a connu, depuis plus de cinquante ans, que ce régime de terreur, on ne peut sous-estimer l’effet de souffle d’une telle libération.

Se réjouir sans réserve n’implique pas d’abdiquer son jugement, ni de faire preuve de naïveté. C’est à ses premiers actes qu’il faudra juger de la volonté aujourd’hui affichée par le nouveau régime, issu d’une milice djihadiste, de construire un autre État en Syrie. Le précédent de l’Irak en 2004 invite à la plus grande prudence, et rien ne garantit que les services de l'ancien régime se laisseront désarmer. Le potentiel de violence, dans une société traumatisée, est considérable. Et l’intégrité territoriale du pays pourrait vite être compromise, car nul ne sait jusqu’où iront la Turquie et ses forces paramilitaires pour détruire le Kurdistan syrien. Les bombardements incessants d’Israël dans le Sud, l’incertitude sur l’attitude des États-Unis, l’état désastreux de l’économie et des infrastructures, tout indique que les défis à relever sont immenses.  

Mais s’il est une erreur à ne pas commettre, depuis les démocraties occidentales où l’on s’interroge sur la signification et les évolutions possibles de ces évènements, ce serait de continuer à dénier au peuple Syrien le rôle d’acteur central de son histoire. En Syrie même, comme dans les différents pays où ils vivent en exil, les Syriens n’ont cessé de documenter les crimes du clan Assad et d’en collecter patiemment les preuves, attendant le jour où il serait enfin possible de demander justice pour la Syrie. Aujourd’hui, c’est d’abord à eux de prendre la parole.