Notes de lecture

Dans le même numéro

En lisant Noeuds de vie, de Julien Gracq

mai 2021

Le dernier livre de Julien Gracq est composé de fragments, dont on ne sait si l’auteur souhaitait la publication. Si l’ouvrage pâtit d’une composition curieuse, il recèle néanmoins de précieuses observations sur les paysages, la littérature et la politique.

Ce qui m’enquiquine, c’est de ne pas savoir si Julien Gracq voulait qu’on publie tel quel ce bien curieux livre1, fait, plus qu’aucun autre, de bric et de broc. La trop brève préface de son exécutrice testamentaire ne retrace pas l’histoire du manuscrit. Nous savons juste que les fragments qui le composent (le plus ancien doit être de 1945, les plus récents de l’époque post-pompidolienne) ont échappé à l’interdiction de publication qui pèse jusqu’en 2027 sur vingt-neuf autres cahiers déposés à la BNF. Dans le lot publié, qui s’ouvre par de scrupuleuses observations paysagères et se clôt sur des réflexions d’ordre littéraire et politique, nous reconnaissons d’emblée un assez grand nombre de notes parues dans Le Monde en 2005 : sur l’allusion littéraire, entre autres, et la perception distanciée que Gracq avait fini par avoir de lui-même : « Je prends rang, professionnellement, parmi les survivances folkloriques qu’on signale aux étrangers, auprès du pain Poilâne, et des jambons fumés chez l’habitant. »

Une étrange construction

Chose déroutante : la distribution des textes en quatre

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
José Corti, 2020
18 €

Amaury Nauroy

Écrivain, Amaury Nauroy travaille dans l'édition. Après avoir fondé et dirigé, de 2003 à 2008, la revue Tra-jectoires, il est aujourd'hui membre du comité de rédaction de la Revue de Belles-Lettres (Lausanne). En tant qu'éditeur scientifique, il a établi la correspondance de René Char avec Georges Mounin (Gallimard, 2020). Dernier titre paru : Rondes de nuit (Le Bruit du temps, 2017, rééd. 2019).…

Dans le même numéro

Force structurante de notre modernité, le libéralisme concentre ces dernières années toutes les critiques. Mais lorsque certains fustigent la société du tout marché, l’individualisme et l’égoïsme contemporains, l’élitisme, les inégalités ou l’autoritarisme, est-ce bien à l’idée libérale qu’ils en ont ? La démocratie peut-elle se passer du libéralisme ? C’est à ces questions que s’attache ce dossier, coordonné par Anne-Lorraine Bujon. Le libéralisme y apparaît d’abord comme une tradition plurielle, capable de se renouveler et de se combiner avec d’autres courants de pensée politique. Timothy Garton Ash le définit comme une méthode plutôt qu’un système : « une quête interminable pour déterminer le meilleur moyen de bien vivre ensemble dans les conditions de la liberté ». À quelles conditions, et dans quelles formes nouvelles peut-on défendre aujourd’hui l’idée libérale ? À lire aussi dans ce numéro : l’Allemagne après la réunification, les pays baltiques, la mémoire selon Ernest Pignon-Ernest, une lecture de Nœuds de vie de Julien Gracq, et la vie de Konrad von Moltke, le délégué de la nature.