Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Notes de lecture

Dans le même numéro

Anéantir de Michel Houellebecq

mai 2022

Le hasard du calendrier veut que quelques semaines après la sortie d’Anéantir, une enquête sur un groupe français, leader mondial de la gestion d’Ehpad, révèle les abus et rationnements systémiques, pratiqués à leur entier bénéfice par ses établissements, au préjudice des personnes âgées qui y résident à grands frais et y meurent, souvent rapidement, après y être entrées du fait de l’abandon dans lequel elles sont laissées1. La vieillesse, la fin de vie, la maladie, la foi et la mort, mais aussi l’amour sont des questions qui ont toujours préoccupé Michel Houellebecq et sont cardinales dans Anéantir. Tel Balzac dans La Comédie humaine, celui-ci continue de dépeindre notre époque, avec la même acuité, en en pointant les maux. Après la désespérance et la noirceur de Sérotonine, en dépit de son titre, ce nouveau roman marque un tournant remarquable dans l’œuvre de l’auteur par l’apaisement et la lumière qui s’en dégagent.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes que le héros d’Anéantir, Paul Raison, soit un haut fonctionnaire, proche conseiller du ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Juge, champion de la réindustrialisation de la France, redevenue en 2027, alors que le second mandat du président en exercice est sur le point de s’achever, deuxième puissance économique européenne derrière l’Allemagne. Michel Houellebecq n’a eu de cesse de pourfendre l’é

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Flammarion, 2022
736 p. 26 €

Bénédicte Chesnelong

Bénédicte Chesnelong est avocate au barreau de Paris, spécialisée en droit des affaires et droit pénal international. Ayant commencé sa carrière dans le cabinet de Robert Badinter, elle a par la suite travaillé pour la Commission environnement du Parlement européen, le Conseil de l’Europe et les Nations Unies, notamment comme chargée de mission au Kosovo.…

Dans le même numéro

Patrimoines contestés

Depuis la vague de déboulonnage des statues qui a suivi l’assassinat de George Floyd, en mai 2020, la mémoire et le patrimoine sont redevenus, de manière toujours plus évidente, des terrains de contestation politique. Inscrire ces appropriations de l’espace urbain dans un contexte élargi permet d’en comprendre plus précisément la portée : des manifestations moins médiatisées, comme l’arrachement de la statue d’un empereur éthiopien en Grande-Bretagne, ou touchant à des strates d’histoire inattendues, comme la gestion de la statuaire soviétique, participent d’une même volonté de contester un ordre en dégradant ses symboles. Alors qu’une immense statue célébrant l’amitié russo-ukrainienne vient d’être démontée à Kiev, le dossier de ce numéro, coordonné par Anne Lafont, choisit de prendre au sérieux cette nouvelle forme de contestation, et montre que les rapports souvent passionnés que les sociétés entretiennent avec leur patrimoine ne sont jamais sans lien avec leur expérience du conflit. À lire aussi dans ce numéro : l’histoire, oubli de l’inconscient ?, le prix de l’ordre, pour une histoire européenne, les femmes dans l’Église, les réfugiés d’Ukraine et nos mélancolies secrètes.