Dictionnaire du Moyen Âge imaginaire. Le médiévalisme, hier et aujourd’hui sous la dir. d’Anne Besson, William Blanc et Vincent Ferré


Alors que l’historien médiéviste entreprend des études sur le Moyen Âge, période historique aux frontières plus ou moins déterminées entre l’Antiquité et la Renaissance, le médiévalisme concerne « la lente construction et l’étude de ce que nous percevons comme le “Moyen Âge”, fruit d’une élaboration à la fois érudite et créative, à travers l’ensemble des fictions qui renvoient, explicitement ou non, à une période historique identifiée comme telle ».

Les différents usages et réappropriations du Moyen Âge se retrouvent ici dans des thématiques, comme le sport, l’alimentation, le tourisme, la publicité, la sexualité ou les westerns, sans oublier quelques figures évidentes (Inquisition, moines, Jeanne d’Arc, châteaux, etc.). Les représentations du Moyen Âge dans la fiction sont nombreuses (bande dessinée, cinéma, fantasy, jeux de rôle, jeux vidéo, roman policier, séries télévisées, science-fiction, etc.). Plusieurs entrées font la part belle aux traces laissées dans la culture populaire (assassins, anges, barbares, fêtes, folklore et Graal), sans omettre du mystérieux et du surnaturel (dragons, mages et magiciens, Morgane, Merlin, etc.). Les auteurs se sont affranchis des barrières classiques, avec des notices comme « États-Unis », « Japon » « Inde » et « Orientalisme », où les interactions avec le Moyen Âge sont fréquentes et témoignent d’incessantes recréations. Période incertaine et mouvante, sans cesse en cours de redéfinition, le Moyen Âge offre un cadre souple où peut se développer l’imaginaire.

Au-delà d’une lecture ludique et occasionnelle, ce dictionnaire est un outil de travail et forme un tout assumé, avec quelques choix éditoriaux significatifs. Les notices dédiées aux auteurs sont volontairement limitées : Victor Hugo, Marion Zimmer Bradley, William Morris, Walter Scott, J. R. R. Tolkien, François Villon et Umberto Eco. Ce dernier fait office de figure tutélaire, notamment pour sa conférence de 1983, « Dix façons de rêver le Moyen Âge ». Avec plus de soixante-dix contributrices et contributeurs et cent vingt entrées, ce dictionnaire réunit des historiens et des littéraires. Cette démarche pluridisciplinaire permet d’interroger le rapport entre histoire et littérature, et la place du récit.

Les notices répondent ainsi à cette question : comment les manières de percevoir le Moyen Âge sont-elles des indices des préoccupations contemporaines ? Sa représentation à la Renaissance, aux premiers temps de la révolution industrielle ou de nos jours, éclaire sur ces différentes périodes. Le Moyen Âge repousse, fascine, nourrit des fantasmes et des peurs. Souvent associé à un temps violent, sombre et sale (voir le caractère péjoratif de l’adjectif « moyenâgeux »), en opposition aux Lumières, aux sciences et au progrès, il peut aussi offrir le cadre d’une nostalgie d’un temps idéalisé face aux différentes désillusions de la modernité (voir les notices « Nationalisme », « Obscurantisme », « Peste », « Postapocalyptique » ou « Progressisme »). Comme l’écrit William Blanc : « Désormais, dans une société qui voit la modernité se diriger vers une crise écologique sans précédent, le Moyen Âge d’après l’effondrement apparaît moins comme un désastre que comme un horizon. »

Vendémiaire, 2022
464 p. 30 €