Où est l’espoir ?, de Jean Ziegler


Où est l’espoir ? du sociologue et homme politique genevois Jean Ziegler, marxiste et croyant, alterne entre catalogue des défis auxquels l’humanité est confrontée, propositions de solutions, appel à la résistance et à l’insurrection des consciences. Ziegler, aujourd’hui nonagénaire, se fonde sur sa longue expérience et ses nombreux engagements, notamment auprès des Nations unies en tant que rapporteur sur la faim dans le monde. Sa connaissance et son intérêt pour le sujet expliquent d’ailleurs la présence en filigrane de celui-ci au sein des différents chapitres de son essai, qu’ils traitent de la remise en cause de l’ONU et du droit d’asile, de l’alinéation, de la justice sociale ou encore des inégalités. La crise environnementale aurait sûrement mérité un développement complet, mais elle est évoquée, puisqu’elle contribue à fragiliser l’agriculture.

Fustigeant les mouvements politiques qui font des étrangers et des migrants les boucs émissaires des différentes crises actuelles, Ziegler n’a de cesse de dénoncer ce qu’il nomme « l’ordre cannibale » du monde, soit la recherche maximale du profit par les grandes multinationales et leurs possesseurs au détriment du bien-être de l’humanité. Pourtant se pose désormais le problème de la répartition des richesses, et non celui de la gestion de la pénurie.

Marqué par sa rencontre avec Che Guevara dans les années 1960, qui l’aurait conduit à pratiquer toute sa vie durant ce qu’il appelle « l’intégration subversive » (la lutte depuis le cœur du système), Ziegler estime qu’il est de la responsabilité des citoyens occidentaux de ne pas se soumettre à la loi du capital et d’œuvrer pour une régulation normative plus forte et au renversement du capitalisme. À ce titre, il s’efforce de pointer clairement les principaux responsables de nos maux contemporains. Et d’offrir un panorama des luttes contemporaines convergeant vers « l’horizon des droits de l’homme, civils et politiques, économiques, sociaux et culturels ». Si Ziegler brosse un tableau accablant de l’état du monde, sa révolte reste intacte.

Seuil, 2024
208 p. 18 €