À chacun son rythme. Petite philosophie du tempo à soi de Aliocha Wald Lasowski
En nous invitant à explorer la notion de rythme individuel, l’auteur se livre à un vibrant éloge de la variation et de l’improvisation.
À l’heure des dérèglements climatiques et de l’accélération des modes de vie, l’art de vivre du philosophe et musicien Aliocha Wald Lasowski est le bienvenu. Cet ouvrage précis et vagabond emprunte les voies multiples de la sociologie, de la psychologie, de l’anthropologie, voire de la chronique sportive et artistique (musique, peinture et cinéma), pour montrer qu’il est essentiel, dans notre société frénétique, de prendre du recul et de trouver un tempo à soi.
Les cadences infernales, de plus en plus numérisées, de notre société moderne sont devenues la norme. La culture de l’urgence et de la performance nous pousse à vivre dans un état de constante agitation, qui a des conséquences néfastes sur notre santé mentale et le bien-être général. Ainsi, il est essentiel de ralentir et de trouver un équilibre. Chacun peut-il accéder à « son contre-rythme personnel », entre les exigences du monde extérieur et les attentes de nos besoins intérieurs ?
En nous invitant à explorer la notion de rythme individuel, l’auteur se livre à un vibrant éloge de la variation et de l’improvisation : « Contre le rythme-cadence qui emprisonne, le rythme-relation est un tempo qui peut libérer. » Encore faut-il s’engager, s’émanciper, se libérer : « L’outre-rythme permet de dire ce mouvement volontaire et spontané par lequel l’humain refuse sa condition, adopte un tempo tout en variations, susceptible de changer le réel mais également de modifier son rythme à soi. » Aliocha Wald Lasowski évoque cinq grandes figures politiques qui ont su, en leur temps, opposer un rythme alternatif au douloureux cours des événements : Spartacus, Toussaint Louverture, Rosa Parks, Simone Veil et George Floyd.
La musique, la danse et la poésie, arts du rythme par excellence, nous permettent aussi, explique l’auteur, d’entrer en résonance avec notre monde intérieur et extérieur. Notre respiration, dont le poète Rainer Maria Rilke affirme qu’elle est « le berceau du rythme », nos battements de cœur, nos cycles de sommeil et nos rythmes biologiques régulent notre vie quotidienne et doivent être respectés.
En prenant conscience de l’effet des cadences infernales de notre société, en décryptant les rythmes politiques, en nous connectant avec le grand orchestre du monde, en nous exprimant à travers les arts du rythme, en écoutant les pulsations de notre corps et en ayant conscience des suffocations de la nature, nous entamerions une nouvelle Odyssée. Cette Odyssée pourrait nous conduire à un épanouissement personnel plus profond, une harmonie avec notre environnement et une compréhension plus complète de notre nature rythmique. À chacun son rythme, une nouvelle aventure commencerait, où nous nous reconnecterions avec le rythme essentiel de la vie, celui de tempos au diapason. Comment ? En nous « dérythmant » de nous-mêmes, en prenant garde au burn-out, provoqué par la pression des rythmes numériques, économiques et sociaux, en nous consacrant activement à trois credo : « Rester sensible aux rythmes humains (la relation, l’amour, la famille). Porter une attention aux rythmes sociaux (le travail, la culture, les loisirs, l’éducation) et construire une écoute aux rythmes spirituels (la nature, l’art, la vie). » Un programme de vie pour aujourd’hui et pour demain.