Les Juifs russes du xixe siècle en 34 mots clefs de Danièle Bruhman
Entre 1890 et 1913, si l’on compte les Juifs de Pologne, près de trois millions de Juifs de l’Empire russe ont émigré, en grande majorité aux États-Unis, où ils représentent une importante et influente communauté. Bien des fondateurs, des dirigeants et des généraux de l’État d’Israël, à commencer par David Ben Gourion, sont issus des territoires actuels de la Biélorussie, de l’Ukraine ou de la Russie. Si l’on connaît bien l’apport de Théodore Herzl dans la propagation du sionisme, la part qu’ont prise les Juifs de Russie est moins bien connue, si l’on excepte Léon Pinsker (1821-1891), auteur de la brochure éditée à Berlin en 1882, Autoémancipation ! Avertissement d’un Juif russe à ses frères, qui pose les bases du mouvement d’émancipation nationale. Les Juifs de classe moyenne amorcent le mouvement migratoire vers l’Occident. Les classes supérieures ne font pratiquement pas partie de ces mouvements. Les émigrants sont motivés par le facteur politique, mais c’est la situation sociale et économique qui les décide à franchir le pas. La législation russe interdit l’émigration, mais le gouvernement ferme les yeux et parfois encourage l’émigration, qui débute lentement dans la fin des années 1860, prend une ampleur considérable dans les années 1870, puis atteint des proportions massives en 1880 et début 1881, avec les pogromes. Danièle Bruhman, qui a étudié les divers milieux juifs de l’Empire tsariste, en livre un dictionnaire thématique ou un tableau organisé en trente-quatre chapitres. Le thème a déjà été abordé, notamment par Alexandre Soljenitsyne dans Deux Siècles ensemble (Fayard, 2003), mais au-delà des grandes idées, du choc des cultures, religions et concepts politiques et nationaux, c’est toute la vie d’une riche communauté qui ici est présentée.