Dictionnaire amoureux de l’humour de Jean-Loup Chiflet

Dessins d’Alain Bouldouyre

On trouvera dans ce dictionnaire une savoureuse anthologie de l’humour, où sont répertoriés bien des esprits, français surtout, parmi lesquels peu de femmes, car nombre de ces créateurs d’humour s’avéraient misogynes, de Jules Renard à Sacha Guitry.


En notre époque marquée par la peur de l’avenir, la montée des crises et le délitement du lien social, quelle place peut être laissée à l’humour ? Selon des études médicales, le rire joue une fonction utile dans la guérison de bien des maladies, allège les souffrances et sort les personnes de l’entre-soi. L’humour est salutaire, il protège de l’angoisse et du désespoir, selon Jean-Loup Chiflet, éditeur facétieux, linguiste espiègle et jongleur de formules. On connaît le rôle qu’a incarné l’humour juif au travers des siècles ; on parle aussi beaucoup de l’humour anglais. La très respectable Académie des sciences morales et politiques, n’affirmait-elle pas en 1994 que « l’humour doit être pris au sérieux  ». Et qu’il « enseigne la modération et un certain mépris de la vanité. Il peut, s’il persiste, devenir un trait de caractère, voire un art de vivre. Plus qu’un mot d’esprit, c’est avant tout une tournure d’esprit ». André Breton se plaisait à rappeler à ce sujet « le singulier pouvoir de domination sur soi-même et sur les autres que confère l’humour ». Mais il convient de bien s’entendre, l’humour est bien éloigné de la tradition française de la satire et de l’invective. Dominique Noguez prétend que l’on emploie ce mot pour toutes sortes de choses qui ont peu à voir avec lui : sourire, raillerie, gaieté, comique, ridicule, plaisanterie, farce, saillie, canular, caricature, pastiche, parodie, esprit, pointe… Au Moyen-Âge, on ne rigolait pas avec le rire, qui était d’origine satanique : d’après Jean Chrysostome, il est à condamner autant que le péché. En 1900, Bergson publiait Le Rire. Essai sur la signification du comique, où il montre qu’on ne peut rire qu’en groupe, car « le rire cache une arrière-pensée d’entente et de complicité avec d’autres rieurs réels ou imaginaires  ». On trouvera dans ce dictionnaire une savoureuse anthologie de l’humour, où sont répertoriés bien des esprits, français surtout, parmi lesquels peu de femmes, car nombre de ces créateurs d’humour s’avéraient misogynes, de Jules Renard à Sacha Guitry. L’historienne Michelle Perrot a décrit cette expression de la vanité masculine : « Le rire masculin fait du bruit, les larmes des femmes coulent en silence. »

Plon, 2022
736 p. 13 €