Le labyrinthe des égarés. L’Occident et ses adversaires d'Amin Maalouf
Pour Amin Maalouf, notre devoir le plus sacré est d’éviter à tout prix une confrontation qui s’annonce dévastatrice, parce que le monde de demain ne se fera ni contre l’Occident, ni contre l’Asie, et ne pourra pas se construire sur un champ de ruines.
Le nouveau secrétaire perpétuel de l’Académie française livre une méditation puissante sur l’avenir de l’Occident, dont les lumières ne semblent plus éclairer le monde. Pour Amin Maalouf, le déclin est réel et prend parfois les allures d’une véritable faillite politique et morale, mais tous ceux qui contestent la suprématie de l’Occident, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, connaissent une débâcle encore plus grave que la sienne. Sa conviction est que ni les Occidentaux ni leurs adversaires ne sont aujourd’hui capables de conduire l’humanité hors du labyrinthe où elle s’est égarée. Dans ces conditions, ne devrions-nous pas repenser en profondeur la manière dont notre monde est gouverné, afin de préparer, pour les générations futures, un avenir plus serein ?
On fait fausse route si l’on croit que l’humanité doit avoir à sa tête une puissance hégémonique. Toutes deviendraient arrogantes, prédatrices, tyranniques et haïssables, fussent-elles porteuses des plus nobles principes. Tel est le grand enseignement que nous prodigue l’histoire. Lorsqu’Amin Maalouf se penche sur le parcours de pays aussi différents que le Japon, la Russie, la Chine ou les États-Unis, il est naturellement amené à se demander pourquoi l’un ou l’autre d’entre eux a pu, à certains moments, « perdre la tête » et compromettre le bénéfice de ses accomplissements.
Il en vient alors à l’affrontement de l’Amérique, chef de file du monde occidental, et de la Chine, dépositaire du réveil de l’Asie et de l’émergence du communisme. Pour Amin Maalouf, notre devoir le plus sacré est d’éviter à tout prix une confrontation qui s’annonce dévastatrice, parce que le monde de demain ne se fera ni contre l’Occident, ni contre l’Asie, et ne pourra pas se construire sur un champ de ruines.
L’auteur considère que « l’opération spéciale » de Vladimir Poutine en Ukraine résulte de la frustration éprouvée par la Russie d’avoir perdu son statut de superpuissance mondiale. Les dirigeants occidentaux auraient dû prévoir qu’une Russie blessée et diminuée était une bombe à retardement pour l’Europe. Il fallait l’aider à se démocratiser, au sortir de la guerre froide, afin qu’elle puisse se doter de dirigeants ni corrompus, ni prédateurs, ni assoiffés de vengeance. Mais la Russie pouvait-elle – désirait-elle – devenir un pays démocratique, pourvu d’une véritable société civile, attachée aux droits de l’homme ? Tout ceci, admet Amin Maalouf, ne justifie pas une guerre. Moralement indéfendable, elle risque d’enfoncer davantage la Russie dans son impasse historique et de reconduire la prédominance des puissances occidentales.
En définitive, Amin Maalouf demeure persuadé que le moment d’angoisse que nous vivons pourrait se révéler salutaire et nous permettre de sortir de ce « labyrinthe ». Encore faut-il commencer par admettre que nous nous sommes égarés…