Journal d’un jeune diplomate dans l’Amérique de Trump de Jérémie Gallon


Jérémie Gallon a tenu son journal alors qu’il était en poste auprès de l’ambassadeur de l’Union européenne à Washington. Pendant ces quelques années, Gallon semble avoir arpenté les couloirs de la capitale – ambassades, Congrès, Maison-Blanche, salles de rédactions, think tanks et lobbies en tous genres – avec autant de plaisir qu’il a assisté aux meetings électoraux de Trump en Caroline du Nord, visité les quartiers pauvres d’Atlanta ou suivi la Marche des femmes le lendemain de l’élection. De cette plongée dans le cœur diplomatique du système international ressort une description presque clinique de l’incapacité des élites de la capitale américaine à comprendre le monde qui les entoure (ni avant, ni pendant, ni après l’élection de Donald Trump). Gallon mène en parallèle un travail d’enquête qui permet de mieux comprendre différents facteurs, parfois contradictoires et pas toujours de l’ordre de la raison, qui ont permis que Trump devienne président. L’échange avec une femme noire chauffeur de taxi, qui explique qu’elle ne regrette pas vraiment son élection, parce qu’elle déteste le mépris des élites plus encore que le racisme de Trump, donne à réfléchir sur ce qui se joue actuellement, aux États-Unis comme en Europe. On n’écrira pas que ce journal d’un diplomate, publié en septembre 2018, avait anticipé la crise des Gilets jaunes qui secoue la France depuis l’automne. Mais, dans son effort d’analyse des causes profondes de la confrontation entre le rejet des élites et le manque ­d’ouverture et de lucidité de ces mêmes élites, Gallon écrit dans un dernier chapitre en forme d’épilogue : «  Mais de la même manière que la société américaine est profondément fracturée, il existe également une France qui a peur. Cette France se sent abandonnée et désarmée face aux changements technologiques, démographiques et sociétaux qui la frappent de plein fouet. Certaines de ces craintes sont légitimes et il n’y aurait rien de pire que de les mépriser.  »

 

Gallimard, 2018
144 p. 15 €