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Hommage à Hector

mai 2021

Les conditions géopolitiques et sociales de la guerre ont été transformées au cours des dernières décennies, et rendent désormais obsolètes les catégories traditionnelles du conflit entre États-nations. Il faut élaborer une nouvelle sociologie de la guerre, qui permette de redéfinir ce phénomène en le distinguant des autres formes de violence.

D’une écriture vive et d’une érudition encyclopédique, l’odyssée de Gaïdz Minassian, journaliste au Monde et enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris, rend hommage à Hector, dont il porte le deuil tout au long de ses quatorze chapitres. Certes, ce héros troyen, qui a abandonné femme et fils pour commander les troupes de son père, le vieux roi Priam, est un guerrier, mais un guerrier qui livre la bataille sans l’aimer, pour protéger sa cité et lui apporter la paix tout en assumant le destin qui l’obligera à « mourir à soi-même ». Nul doute qu’il partage la même mélancolie et le même univers tragique qu’Achille, son futur meurtrier, qui profanera son corps inanimé, et Ulysse, héros de l’errance et de l’épuisement. Mais alors que le premier est rendu impuissant par son vertige de puissance et le second est victime de la « vengeresse complexité du monde » (Pierre Hassner) que ses célèbres ruses ne parviennent à conjurer, Hector, lui, connaît et fait connaître les limites de sa mission, de son brio militaire, de sa détermination même et en tire des conséquences au vu et au su de tous, bien que dans une totale solitude.

Gaïdz Minassian souligne à raison la faiblesse, pour ne pas dire l’absence, d’une sociologie, et plus généralement des « sciences sociales » de la guerre, la discipline polémologique restant fortement dépendante de quelques grandes références, comme Clausewitz, ou de certaines doctrines, comme celle de Monroe. Mais l’

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Passés composés, 2020
720 p. 27 €

Hamit Bozarslan

Directeur d'études à l'Ehess, il est notamment l’auteur de l'Histoire de la Turquie de l'Empire à nos jours (Tallandier, 2015) et de Révolution et état de violence. Moyen-Orient 2011-2015 (Cnrs, 2015). Il est membre du Conseil de rédaction d'Esprit. 

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Force structurante de notre modernité, le libéralisme concentre ces dernières années toutes les critiques. Mais lorsque certains fustigent la société du tout marché, l’individualisme et l’égoïsme contemporains, l’élitisme, les inégalités ou l’autoritarisme, est-ce bien à l’idée libérale qu’ils en ont ? La démocratie peut-elle se passer du libéralisme ? C’est à ces questions que s’attache ce dossier, coordonné par Anne-Lorraine Bujon. Le libéralisme y apparaît d’abord comme une tradition plurielle, capable de se renouveler et de se combiner avec d’autres courants de pensée politique. Timothy Garton Ash le définit comme une méthode plutôt qu’un système : « une quête interminable pour déterminer le meilleur moyen de bien vivre ensemble dans les conditions de la liberté ». À quelles conditions, et dans quelles formes nouvelles peut-on défendre aujourd’hui l’idée libérale ? À lire aussi dans ce numéro : l’Allemagne après la réunification, les pays baltiques, la mémoire selon Ernest Pignon-Ernest, une lecture de Nœuds de vie de Julien Gracq, et la vie de Konrad von Moltke, le délégué de la nature.