La cité des druides. Bâtisseurs de l’ancienne Gaule de Jean-Louis Brunaux
Les sources sur les anciens Gaulois sont rares et lacunaires : à la fin du iie siècle avant notre ère, le philosophe grec Poseidonios d’Apamée les a étudiés, mais seules quelques informations « disparates mais précieuses » ont été recopiées, notamment par César dans sa Guerre des Gaules. Si bien que le huguenot François Hotman est le premier savant à décrire la « France gauloise » d’avant la colonisation romaine en 1573, au lendemain du massacre de la Saint-Barthélemy. La découverte du premier sanctuaire gaulois en 1977 permet à l’archéologie de réévaluer la cité gauloise et le rôle des druides, « ceux qui voient très loin », en son sein. Et la proximité de ces derniers avec les Pythagoriciens permet d’établir, sinon des relations d’influence, du moins des analogies instructives.
À la fin des « temps obscurs », avec l’apparition de la métallurgie, des populations rurales disséminées, pratiquant l’élevage et l’agriculture, se regroupent sous l’autorité de chefs guerriers, eux-mêmes entourés de leurs clients. À leurs côtés, les druides sont les savants qui pratiquent la divination, observent l’univers et servent d’intermédiaires auprès des commerçants étrangers de passage. Les druides mettent leurs savoirs à profit pour exercer le pouvoir dans la religion, la justice et l’enseignement. César observe que « les druides, à une époque fixe de l’année, s’assemblent sur le territoire des Carnutes, région qui est considérée comme le centre de toute la Gaule ». Le centre de la Gaule, note Jean-Louis Brunaux, n’est pas seulement imaginaire, mais « confirmé par des calculs » – il témoigne d’un système de communication et de transport bien établi sur l’ensemble du territoire. Cette assemblée, sans doute « la seule réunion de la Gaule tout entière », permet notamment, selon César, l’exercice de la justice : « Les druides statuent de presque tous les conflits entre les États et les particuliers […]. Un particulier ou un peuple ne s’est-il pas conformé à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices. » Les druides interdisent l’image comme ils refusent l’écriture, mais Jean-Louis Brunaux souligne que « les sanctuaires du type de Gournay – enceintes quadrangulaires dans lesquelles les dieux sont honorés par des offrandes d’armes et des sacrifices de mammifères – se répandent tout au cours du iie siècle ».
En retraçant la genèse (et l’échec) de la Cité des druides, l’ouvrage de Jean-Louis Brunaux entend ainsi « prendre la mesure de la place éminente de la civilisation gauloise aux côtés de celles des Grecs, des Étrusques, des Carthaginois, des Égyptiens et des Romains ».