Libertés urbaines de Patrick Boucheron
La collection « Les Grandes Voix de la Recherche » fournit l’occasion à l’historien Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, de présenter son parcours, de rendre hommage à ses professeurs et de souligner le rôle politique de l’histoire. Historien de la ville, cette dernière jouant le rôle de « trouble-fête d’une histoire souveraine », Patrick Boucheron commence par étudier la brique antique et médiévale, offre une monographie des rapports entre formes urbaines et formes politiques à Milan aux xive et xve siècles (Le Pouvoir de bâtir, 1998), puis quelques synthèses sur les villes italiennes, l’Europe urbaine et le monde des villes (histoire comparée, histoire-monde, histoire connectée), avant de s’intéresser au souvenir d’Ambroise à Milan pour comprendre « les fondements théologiques du gouvernement des modernes » (La Trace et l’Aura, 2019). Nuançant l’adage, cher à Max Weber, selon lequel « l’air de la ville rend libre », il explique que « la commune est la poursuite de la guerre féodale par d’autres moyens – des moyens rhétoriques et juridiques ». Il tire de l’« expérience communale des libertés urbaines », toujours menacée d’un passage à la seigneurerie autoritaire, une leçon sur la fragilité de nos ambitions démocratiques. Témoignant d’un certain pessimisme quant au contemporain – « l’atmosphère urbaine devient irrespirable » –, il va chercher, derrière le « primat d’un regard souverain » caractéristique de la Renaissance, la pluralité des « lieux du politique » au Moyen Âge, qui rendent la rencontre possible. Évoquant les « pratiques urbanicides » médiévales, il insiste sur la valeur des libertés urbaines à une époque où on peut « mourir de la haine que [le] peuple des terrasses suscite » et animées par des « logiques de privatisation de l’espace public ».