La Gauche plurielle (1997-2002). Quelle place dans l’histoire de la Ve République ? de Pierre-Emmanuel Guigo et Thibault Tellier
Éloges et regrets hantent cet ouvrage collectif, contrebalancés par des reculs historiques bienvenus sur la singularité du mandat de Lionel Jospin à Matignon dans l’histoire de la Ve République, la marquant à la fois par l’adoption du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral déplaçant la présidentielle avant les législatives. La contribution d’Olivier Schrameck s’avère remarquable en histoire de la « gouvernementabilité » et de la coordination au sein de l’exécutif. Une plus grande amertume se devine dans l’article d’Alexandre Chabert sur la participation du Parti communiste français à cette majorité, qui n’atténua pas son déclin électoral et dont l’influence sur les textes adoptés resta mineure ; Jean-Claude Gayssot, dans son témoignage, propose un plaidoyer pro domo convaincant quant à son action à l’Équipement, aux Transports et au Logement. Parallèlement, une étude d’Antony Burlaud revient sur le parcours de Jean-Luc Mélenchon et son action ministérielle, ce qui intriguera les lecteurs contemporains, et explique comment Lionel Jospin parvint à responsabiliser le courant de la Gauche socialiste, évitant l’apparition de frondeurs contre l’exécutif, a contrario de François Hollande à partir de 2012. L’ouvrage, issu d’un colloque, évite en effet l’autopsie d’une défaite surprise le 21 avril 2002, même si des allusions à l’attitude individuelle de Jean-Pierre Chevènement ou à la vexation des Radicaux face à leur non-consultation avant l’inversion du calendrier électoral expliquent en partie la multiplication des candidatures à cette présidentielle. Une contribution de Sébastien Repaire et un témoignage de Dominique Voynet interrogent la première expérience gouvernementale de l’écologie politique, sans toutefois la comparer à celle de 2012 ou interroger les choix d’alors (les arrêts du réacteur Superphénix et de l’agrandissement du canal du Rhin-Rhône en 1997 s’avèrent-ils si judicieux vingt-cinq ans plus tard ?). Dans son ensemble, ce livre demeure un exemple d’histoire contemporaine dépassionnée, écrite avec la juste distance de son sujet, une participation subjective sans être trop partisane de ses acteurs et le recul nécessaire des historiens du politique.