La ronde des bêtes. Le moteur animal et la fabrique de la modernité de François Jarrige
Mobilisable en histoire environnementale, le livre peut aussi s’utiliser dans les débats actuels sur le retour des animaux dans les mobilités douces ou les travaux agricoles, malgré toute la difficulté d’abandonner des énergies carbonées, de fait plus efficaces malgré leurs coûts indéniables.
Ce livre, enrichi par le travail de l’auteur au sein de nombreuses archives départementales, propose une histoire économique et environnementale de l’utilisation des animaux, principalement les chevaux, comme force motrice dans plusieurs secteurs. L’apport de l’étude est justement de montrer comment les manèges, nom qui ne s’employait pas à l’origine dans son sens contemporain, persistèrent au long du xixe siècle, y compris en pleine industrialisation, phase historique traditionnellement associée aux énergies carbonées (charbon puis pétrole) qui auraient fait disparaître toute autre matière première dans un machinisme triomphant. Or, comme le montre François Jarrige, l’équipement en machines, dans des territoires ou des secteurs souvent hostiles au capital (les milieux agricoles en particulier), resta longtemps un investissement majeur, justifiant le maintien des animaux actionnant des machines. James Watt et les promoteurs de la vapeur durent ainsi bâtir des comparaisons entre cette invention et la force animale connue de tous – ce qui supposa l’invention du cheval-vapeur comme unité de mesure. La centration de l’étude sur des secteurs précis (la boulangerie, la meunerie, la tannerie ou les mines, dans lesquelles la machine à vapeur ne supplante que lentement les animaux), à chaque fois étudiés au long cours et dans plusieurs territoires, est remarquable. L’essai se termine par un rappel de l’utilisation de l’énergie animale toujours majoritaire dans plusieurs pays ou une partie du continent africain. Mobilisable en histoire environnementale, le livre peut aussi s’utiliser dans les débats actuels sur le retour des animaux dans les mobilités douces ou les travaux agricoles, malgré toute la difficulté d’abandonner des énergies carbonées, de fait plus efficaces malgré leurs coûts indéniables.