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Notes de lecture

Dans le même numéro

Le milieu des mondes de Jean-Pierre Filiu

Une histoire laïque du Moyen-Orient de 395 à nos jours

janv./févr. 2022

À l’automne 2017, le cours de master à Sciences Po Paris dont ce livre est issu jouissait d’une telle renommée que beaucoup d’étudiants qui n’y étaient pas inscrits se rendaient malgré tout en amphithéâtre pour suivre les développements de Jean-Pierre Filiu, avec l’impression d’entendre une recherche historique en train de se créer, ainsi qu’une histoire novatrice du Moyen-Orient. Les apports du cours d’alors se retrouvent dans l’ouvrage d’aujourd’hui, à partir de deux principes : la centration de l’analyse sur un triangle Bagdad-Damas-Le Caire, complété par Constantinople/Istanbul et Riyad au fur et à mesure des fluctuations de pouvoir dans la région, et une attention constante aux diverses religions de la région, ainsi qu’aux débats doctrinaires au sein de l’islam. « Une histoire laïque du Moyen-Orient », comme l’indique le sous-titre, en ce qu’elle ne cherche pas à expliquer la suprématie de telle confession à telle période, ni ne cherche jamais à présenter les sociétés qu’elle étudie comme des factions opposées : une histoire des mélanges et des échanges, illustrés par de très utiles cartes en cahier central, rendant la succession des faits toujours inscrite dans la géographie.

Ce parti pris permet, par exemple, de découvrir le caractère arbitraire de la frontière entre l’Irak et l’Iran, issue d’un arbitrage en 1639 ayant laissé de nombreux lieux saints chiites dans l’Irak moderne, ce qui montre bien qu’aucun État homogène ethniquement ou religieusement

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Seuil, 2021
384 p. 25 €

Louis Andrieu

Cinéphile, il écrit sur le cinéma, les contenus audiovisuel et les images dans la Revue Esprit depuis 2013.

Dans le même numéro

Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.